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Titre : Giro

Auteur : Pierre Carrey

Éditeur : Hugo Sport

Le sens Girotoire

Le Giro a été créé en 1909, quelques années après le Tour de France. Ces deux tours sont le fait de journaux : l’ancêtre de L’Equipe en France et la Gazzetta dello Sport en Italie.

Pierre Carrey s’intéresse autant aux hommes qu’à l’épreuve et ne se livre pas qu’à une recension purement chronologique et factuelle du Giro, exercice qui atteindrait rapidement toutes ses limites. Histoires d’hommes et histoires d’une compétition, le Giro s’inscrit dans chacune de ses époques, au travers de rivalités entre cyclistes, de chamailleries entre organisateurs et responsables de l’épreuve, au milieu des heurs et malheurs de l’Histoire (notamment dans l’Italie fasciste de Mussolini), dans la fange des magouilles sportives et extra-sportives, dans les dangers du dopage, dans les faits d’armes des champions grands et moins grands, dans les noms que l’histoire du cyclisme retiendra ou oubliera… bref dans tout ce qui fait et défait un événement majeur, qu’il soit sportif, comme ici, ou pas.

Pierre Carrey suit néanmoins un déroulé plus ou moins chronologique. S’il ne fait pas de grands bonds en avant pour mieux sauter en arrière de plusieurs décennies, Pierre Carrey glisse allègrement à chaque chapitre sur plusieurs éditions du Giro pour mieux en montrer les points communs, les dissemblances, les évolutions. Cet artifice intelligent lui permet entre autre de pouvoir faire des parallèles entres cyclistes qui ne sont peut-être jamais croisés sur les routes du Giro.

Ces routes justement forment une grande partie de ce qui fait le succès et sportif et populaire de l’épreuve. Pour avoir un peu suivi les deux dernières éditions, 2018 et 2019, maintenant qu’elles sont retransmises en direct et en différé par L’Equipe, les étapes de montagnes particulièrement procurent des sensations assez fortes tant l’atmosphère qui se dégage des paysages ou qui est véhiculée parles conditions atmosphériques parfois dantesques prend le spectateur aux tripes. Sans parler des cyclistes qui sont eux sur ces routes précisément…

Pierre Carrey évoque aussi toutes les évolutions qui ont parsemées les différentes éditions du Giro : de sa forme (nombre d’étapes, distance : certaines étapes duraient plusieurs jours, les coureurs devaient réparer eux-même leurs machines…), de matériels (et des soupçons de tricherie liés à ces évolutions techniques), d’encadrement des coureurs (et de l’organisation autour d’équipes), d’ouverture aux coureurs étrangers (il faut noter le faible nombre de vainqueurs non italiens)…

Véritable enquête journalistique et sportive, ce livre va bien au-delà de la simple litanie des épreuves et des lauréats et se lirait presque comme un polar ! Il y a un paquet de crimes et un paquet de rebondissements, il y a même des morts, c’est dire !