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Titre : Villa Imago

Auteur : Eric Marchal

Éditeur : Anne Carrière

Image de l’au-delà

Raphaël et Belinda vivent la vie rêvée d’un couple fusionnel depuis deux ans. Raphaël a séduit Belinda, Belinda a succombé au charme de Raphaël. Mais au cours d’un trajet en train, alors que Raphaël est au téléphone avec Belinda, c’est soudain le black out. Raphaël se réveille dans une chambre qu’il ne connait pas, dans une villa qu’il ne connait pas, entouré de gens qu’il ne connait pas mais qui, eux, semblent le connaître.

Malgré le voile d’ignorance dans lequel il est maintenu, malgré les questions qui se bousculent dans sa tête et qui ne semblent pas vouloir trouver de réponses, Raphaël mène sa petite enquête pour découvrir où il est et surtout pourquoi il est là. Plus important encore, il n’a de cesse de vouloir voir Belinda, ce qui lui semble interdit.

En fait, pendant les premières pages, Eric Marchal fait flotter un voile de mystère quant à savoir si c’est à Raphaël qu’il est arrivé quelque chose ou à Belinda. Oh, ne faisons pas de mystère, l’histoire n’y laisse que peu de place, en tout cas sur ce point : c’est bien Raphaël qui est touché dans sa chair et qui se raccroche à l’amour de Belinda pour tenir.

Malheureusement, il n’est pas dans n’importe quelle villa. La Villa Imago accueille les âmes en transit, mortes pour la plupart, dans le coma pour d’autres… qui pourraient avoir la chance, selon le point de vue, de retourner à la vie. Ce retour a toutefois un prix. Le lecteur devra le découvrir avec Raphaël.

Eric Marchal crée une vision créative et originale de l’au-delà, un monde intermédiaire dans lequel Raphaël doit fournir un travail sur lui-même au sein d’une sorte de communauté d’accueil où chacun se livre petit à petit.

Raphaël est contraint de se confronter à ce et ceux qu’il a sous la main : l’environnement proche de la villa dont il ne peu s’échapper et les personnes qui peuplent la villa. A travers l’histoire de chaque pensionnaire, Raphaël parvient à dresser un portrait de la villa et de sa fonction.

Encadrés par une sorte de gérant de la villa, cet endroit et ses finalités restent obscures. Les manipulations auxquelles se livre cette sorte de mentor tendent vers un but unique que personne n’est en mesure de comprendre, pas même lui-même.

Il passe donc son temps, peut-être avec les meilleures intentions du monde, à manipuler les uns et les autres, provoquant parfois plus de mal que de bien. Seuls les actes des pensionnaires ont une once de sincérité et de vérité en eux. C’est à partir d’eux que Raphaël pourra tenter de saisir ce qui fait toute la particularité de la Villa Imago.

Ce roman parle autant d’espoir que d’amour, de souvenirs que d’avenir, de manipulations que d’actes désintéressés, d’au-delà que de réalité bien terrestre. Le talent d’Eric Marchal, déjà pleinement lu dans « Les Heures Indociles », réside dans la manière dont il narre son histoire en distillant les indices au fur et à mesure, dans un style délié et fluide, retenant l’attention du lecteur sans artifice, sans ennui.