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Titre : Et les Beatles montèrent au ciel

Auteur : Valentine Del Moral

Éditeur : Le mot et le reste

L’évangile de Jésus Beatles, notre Seigneur musical, selon Sainte Valentine Del Moral, Amen !

Parfois arrivent sur ta table des livres auxquels tu ne t’attendais pas. Ces Beatles qui montèrent au ciel en fait partie. Parfois des livres inattendus procurent des plaisirs grandioses de lecture. Ces Beatles qui montèrent au ciel en fait partie.

En 150 pages, Valentine Del Moral évoque le dernier concert des Beatles, celui du 30 janvier 1969 qui s’est déroulé sur le toit de leurs nouveaux locaux au 3 Saville Row.

Le récit de Valentine Del Moral est aussi détaillé que romanesque. Il s’appuie sur un luxe de détails véridiques, sur un luxe de paroles échangées, de gestes effectués, d’actes retenus ou non. Au gré du déroulement de cette journée très particulière, à la fin de laquelle on voudrait avoir sous la main une machine à remontée le temps, Valentine Del Moral se permet (parce qu’elle le vaut bien) de petites digressions, de petits à-côtés.

Pour ce qui est du concert, on a tout d’abord droit à ses préparatifs : qui, où, comment, pourquoi… Valentine Del Moral n’oublie rien ni personne. Et puis le concert en lui-même débute : pas très long – une quarantaine de minutes –, pas très varié – cinq chansons à peine –, pas beaucoup de public – quelques spectateurs sur les toits, d’autres dans la rue, il y a presque plus de monde pour filmer le concert qui doit permettre de clore le film Let it be consacré au groupe –, quatre garçons dans le vent qui portent bien leur surnom tant le climat autour de ce concert est particulier – entourage glacial avec la présence de Yoko Ono que Valentine Del Moral prend un malin plaisir à égratigner sévèrement, froid hivernal perçant, relations parfois tendues au sein du groupe –. Voilà peu ou prou pour ce que Valentine Del Moral a à nous raconter.

Mais il n’y a pas que le fond. Oh non ! La narration de Valentine Del Moral allie aussi le fond que la forme. Parlons-en donc de la forme. L’écriture de Valentine Del Moral emporte le lecteur dans cette journée sans temps mort en n’en laissant justement aucun au lecteur. Sa plume est belle, envoûtante, digressive, passionnée et passionnante.

Et puis surtout, Valentine Del Moral opte pour un parti pris stylistique consistant à rendre ce concert aussi mythique que biblique. Mythique il l’est devenu tout seul : de part le nom des Beatles, devenu mythique, de part les circonstances (concert inattendu mais ultime concert du groupe, sur un toit, sans autorisation), devenues mythiques. Mais biblique il ne le devient que par la volonté d’une femme : Valentine Del Moral qui donne aujourd’hui notre lecture de ce jour, fait des Beatles des figures christiques, de leur entourage des saints, des apôtres et parfois des traîtres. Que cela soit écrit et fut accompli !

Pour conclure sur une note polémique (un peu facile et grandement gratuite, je vous l’accorde), les détracteurs des Beatles et les tracteurs des Stones diront que si Valentine Del Moral fait des Beatles des figures christiques, il reste un vide qu’ils seront prompts à remplir : il reste une place pour des figures divines que seront ces satanés Stones qui roulent toujours…