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Titre : Mes coureurs imaginaires

Auteur : Olivier Haralambon

Éditeur : Premier Parallèle

Imagine all the cyclists

12 portraits en forme de nouvelles. Olivier Haralambon aime passionnément les coureurs cyclistes. Mais comme il aime avant tout l’être humain qui est derrière le costume du coureur, ses portraits, pour inspirés qu’ils peuvent être de vrais coureurs, dont les silhouettes de certains se dessinent plus ou moins nettement entre les lignes, restent avant tout anonymes.

Pour appuyer cet anonymat revendiqué des figures cyclistes mises en avant, Olivier Haralambon n’intitule pas ses différents portraits de noms ou de prénoms. Il met en exergue une caractéristique, un trait de caractère… « Le Reconverti », « Cheville Ouvrière », « L’œuf », « Le Prodigue », « L’impeccable » ou « Le Confisqué » pour ne citer que certains d’entre eux.

Olivier Haralambon fonctionne énormément par analogies, par images dont on se demande parfois où il va les chercher mais qui au final se révèlent systématiquement pertinentes. Que ce soit avec le monde ouvrier, que ce soit à travers des figures christiques, Olivier Haralambon sait parfaitement saisir les situations ou les tempéraments et les rendre compréhensibles au lecteur.

Parmi les portraits les plus touchants, il y en a trois qui m’ont particulièrement marqué. Il y a « Dernières économies » qui parle de cet ancien coureur en maison de retraite qui voit passer les cyclistes sur l’écran de la salle de télévision et qui repense à l’échappée belle qu’il a tenté l’année précédente, y mettant toute sa science de baroudeur et toutes ses dernières forces d’homme, pour essayer de rallier les Champs-Elysées et respirer une dernière fois le parfum du peloton. Il y a « L’œuf » qui raconte cette course sur piste qui semblait promise mais qui chavire sur un instant d’inattention. Et il y a « Antilopes » qui parle de cette femme qui a enfourché son vélo et participe à des compétitions alors que, dans sa famille, seuls les hommes pédalent à ce niveau. Comme un symbole de la masculinité de la société, c’est d’ailleurs le seul portrait féminin de cycliste. Pour autant, les femmes sont très présentes dans le livre à travers les figures maternelles essentiellement.

Olivier Haralambon joue avec les vies, mes souvenirs, le temps, les failles de ses personnages, leurs corps et leurs paroles, ceux et celles enfouies derrière les façades de circonstances que le sport de haut niveau impose aux coureurs. Il joue ainsi avec l’âme de ses personnages. Raison pour laquelle, d’ailleurs, ses personnages ont de multiples facettes. Olivier Haralambon parvient en quelques pages, à chaque fois, à les rendre toutes nettes, toutes complètes, toutes cohérentes, toutes pures.

Olivier Haralambon parle beaucoup d’anciennes figures du monde du vélo comme pour mieux marquer le fait qu’on ne cesse jamais vraiment d’être un cycliste. Cycliste un jour, cycliste toujours. Car ne dit-on pas que le vélo, ça ne s’oublie pas ?

Et si on ne parvient pas toujours à mettre un vrai visage, un vrai nom sur les portraits imaginaires d’Olivier Haralambon, cela importe peu : il reste de merveilleuses histoires, merveilleusement mise en texte par Olivier Haralambon. Un cycliste donne tout sur une compétition, d’un jour, d’une semaine ou de trois semaines : un cycliste doit aimer se faire mal avant toute chose ; Olivier Haralambon ne s’épargne pas dans ces quelques pages somptueuses et le lecteur ne sort pas indemne de cette lecture. Chamboulé et bouleversé, ému autant par les histoires que par le style, il ne pourra plus jamais voir, si tant est que ce fût jamais le cas, les coureurs comme de simples machines.