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Titre : Simple journée d’été

Auteur : Frédéric Berthet

Éditeur : La Table Ronde

Class(e)(s) !

Ce recueil de nouvelles est arrivé de manière détournée sur ma table. Suivant l’éditeur sur les réseaux et suite à un commentaire sibyllin, il est arrivé par voie postale inattendue ? L’extrait de la quatrième de couverture laissait augurer, en quelques lignes, d’une très jolie et poétique plume. La découverte s’est révélée plus qu’à la hauteur de ce que j’avais pu entrevoir.

La première nouvelle, la plus longue du recueil (elle fait un peu moins de 100 pages), met en scène un personnage qui a tout du dandy. Il nous est présenté exclusivement à travers le prisme de ses conquêtes féminines. Dans ce personnage, on ne peut s’empêcher de voir une figure faustienne, impression confirmée noir sur blanc au fil du déroulé de l’histoire. La succession des conquêtes amène petit à petit le « héros » (qui a tout de l’anti-héros) jusqu’à se confronter avec le Diable en personne et la mort.

Dans le style de Frédéric Berthet, il y a quelque chose de très proche de l’écriture de Françoise Sagan. Non seulement les thèmes et classes sociales que semblent embrasser les deux auteurs sont-ils intimement liés, mais il y a une temporalité dans la narration qu’on ne peut que rapprocher. Il ressort de ces textes une sorte de torpeur, d’ennui langoureux (sans que lecteur ne s’y ennuie une seule seconde, précisons-le).

Et au-delà de tout cela, il y a une élégance raffinée mais qui évite d’être ampoulée ou trop lourde. On se sent bien dans ces textes, c’est capiteux, c’est doux, c’est tendre, c’est voluptueux. Et c’est teinté d’une touche de mélancolie et une forme de désespoir ou de fatalisme.

Frédéric Berthet manie de main de maître les introductions de ses nouvelles. Elles sont léchées, elles mettent parfaitement en scène et en place les récits qui vont suivre.

Ainsi de « Vie intérieure » :

« C’était une fille qui aimait tellement dormir que lorsqu’elle ne dormait pas, la seule chose qu’elle aimât vraiment, c’était regarder les autres dormir, même en début d’après-midi. Elle croyait alors se voir elle-même dormir, s’en trouvait toute passionnée et attendrie, et ce n’étaient pas eux qui allaient la contredire, puisqu’ils dormaient. D’ailleurs, au bout d’un moment, elle s’endormait à son tour. Le mystère était complet. »

Ou de « Traité d’illégitime défense » :

« Les événements des dernières semaines m’ont déterminé – de par la ressemblance qu’ils offraient insolemment avec les événements des derniers mois, lesquels étant visiblement de mèche avec les dernières années – à créer un nouveau club, dit : Club des Injustes. »

Ou encore de « Aurélie » :

« Lorsqu’on sonna à la porte, ce fut Mme Van Meer qui alla en personne ouvrir parce qu’elle se trouvait incidentellement dans le vestibule. Il est vrai qu’elle portait un chapeau vert et qu’elle allait sortir. Pour plus d’exactitude encore, elle allait ouvrir la porte lorsque la sonnette retentit, et elle continua de l’ouvrir sans désemparer : son mari ne disait-il pas d’elle qu’elle pouvait faire face à n’importe qu’elle situation ? »

Si ces démarrages ne laissent pas présager du déroulé à venir, ils donnent une idée du style précis mais poétique de l’auteur (notamment un « incidentellement » mariant incident et accidentellement) et qui, par moments, joue la carte d’un léger surnaturel.

Dernier petit détail, anecdotique mais amusant, les choix des prénoms féminins renforcent le dandysme (snobisme aussi ?) des personnages, le raffinement de l’auteur et de ses histoires. On croise une Clarisse, une Aurélie, une Daphné, une Sibylle ou une Caroline…

Un dernier mot sur la couverture qui parvient, ô merveille des maquetteurs et créatifs, à synthétiser tout cela en montrant un homme et une femme, habillés pour une soirée de gala ou de réception, sur un terrain de tennis, de nuit, jouant avec la lune avec des raquettes imbriquées l’un dans l’autre !

Bref, une lecture plus que chaudement recommandée.