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Titre : Adelphe

Auteur : Isabelle Flaten

Éditeur : Le Nouvel Attila). SERVICE DE PRESSE

Tous les chemins Nêne à la liberté

Trois parties composent ce récit. La première s’intitule « Adelphe », la deuxième « femmes » et la troisième « fils ». La première présente le personnage d’Adelphe, pasteur de son état, au crépuscule de la Première Guerre Mondiale. Gabrielle, femme trop moderne pour son temps, lui offre un livre, Nêne, prix Goncourt de 1920, écrit par un auteur dont l’histoire aura oublié le nom mais pas Isabelle Flaten.

Ernest Pérochon raconte l’histoire d’une servante, éprise de son employeur, veuf, dont elle éduque les enfants mais qui lui préférera la nièce de son valet. Cette isolement la mènera à sa perte. Ce roman primé par l’Académie marque pour Gabrielle, dont Adelphe est secrètement amoureux, mariée à un industriel, le départ d’un voyage intérieur vers l’émancipation. Trajet que Blanche, la servante d’Adelphe, en pourra pas faire malgré le mariage qu’elle fera avec le pasteur.

Gabrielle et Blanche sont ainsi les deux « femmes » de la vie d’Adelphe. Il y aura bien aussi Elise et Rebecca mais elles n’auront pas le même rôle fondateur que les deux premières. Elise et Rebecca forment un couple lesbien qui bouscule certains a priori d’Adelphe mais sans atteindre le niveau de remise en cause que provoquent conjointement la lecture de Nêne et la présence dans sa vie de Gabrielle et de Blanche.

Les circonstances de la vie vont faire en sorte que ces deux femmes-là bousculent le microcosme local, bourgade paysanne et provinciale, bousculent les préjugés, bousculent le qu’en-dira-t-on. Mais les habitudes de la société sont tellement encrées en chacun des habitants du village qu’un pasteur n’est pas de trop pour conduire un changement de mentalité.

Les trois « fils » font plus référence à trois enfants qu’à des garçons. Ils sont tous liés à Adelphe : Cécile, la fille de Gabrielle, Joseph, le fils d’Adelphe et Blanche et l’enfant qu’auront Cécile et Joseph. Il y a ainsi une sorte de filiation générationnelle qui va d’époque en époque à travers celle d’Adelphe, de Gabrielle et de Blanche, à travers celle d’Elise et Rebecca et de Cécile ou de Joseph et enfin à travers le futur de celle de l’enfant de Cécile et de Joseph. Chaque période apporte son lot d’avancée « féministe » terme que je trouve un peu réducteur quand bien même ce roman est un un roman qu’on qualifierait de féministe.

En fait, ce roman est bien plus que cela. C’est un roman essentiellement et avant tout humaniste. Ce qui en fait un roman universel qui évoque aussi le pouvoir de la littérature sur la vie et sur les êtres humains. Il montre comment un livre écrit il y a plus d’un siècle peut conserver toute sa modernité, prouvant ainsi qu’il reste somme toute encore beaucoup de chemin à parcourir. Le roman d’Isabelle Flaten questionne alors notre propre façon d’appréhender la société et la place de chacun d’entre nous en son sein. Il est question ici de la place de la femme mais le récit aurait pu tout aussi bien parler de migrants ou de toute autre minorité. Universel, vous disais-je.