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Titre : Souviens-toi des monstres

Auteur : Jean-Luc A. D’Asciano

Éditeur : Les forges de Vulcain

Mare Monstrum

Voilà un roman qu’il est bien improbable de vouloir résumer et prétentieux de vouloir critiquer en parvenant à en faire le tour. Posons qu’il se déroule dans un pays imaginaire qu’on pourrait tout à fait imaginer à la croisée d’une Italie îlienne et d’une société du spectacle et des symboles. Ce sont justement ces symboles, qui sont autant de références littéraires, cinématographiques, etc…, dont la tentative d’établissement d’une recension exhaustive relève de la gageure.

Rafaël et Gabriel naissent sur une île peuplée de contrebandiers au premier rang desquels on retrouve leurs frères et sœurs. Sofia et Francesca incarnent la société matriarcale dans toute se splendeur : l’une dans la figure de la mamma italienne à la tête d’une progéniture aussi nombreuse que féminine et l’autre en gardienne de la famille, après le décès de la mère. Les frères sont nommés « le premier », « le deuxième Saviano », « le troisième » et « le quatrième ». On ne connait pas l’identité de leurs pères. Ah, et accessoirement, Gabriel et Raphaël sont siamois. Et ils sont capables de chanter et d’influer sur la réalité.

Leur nature et leur pouvoir fascinent et les excluent de la population de cette île qui vit sous le joug des frères.

Du coup, le roman se découpe en deux premières parties, chacune étant portée par la voix d’un des siamois, la première narrant leur enfance et la seconde leur exil loin de chez eux. Leur exil est autant forcé par leur nature et leur pouvoir que l’antagonisme naissant entre « le premier » et les siamois : leur exil est leur refuge. Ils le trouvent au sein d’un cirque peuplé de créatures étranges, sortes de monstres mi-hommes mi-bêtes.

On croise aussi un prêtre au passé de tueur, un fils médecin, un diable, un rabbin, un marionnettiste, un centaure, un voyant aux yeux multiples, un molosse-chien…

Les deux récits sont le fait des frères siamois : un seul corps, un seul cœur, mais deux têtes et donc deux récits très différents dans la forme. Jean-Luc d’Asciano parvient ainsi à faire en sorte qu’on a vraiment l’impression de ne pas lire le même livre. Sans parler du « livre » qui clôt le récit et qui marque le retour des siamois sur leur île et qui met en scène un spectacle sensé évoquer leur parcours, leur retour et leur prise de pouvoir.

Dans son récit, Jean-Luc d’Ascensio fonctionne énormément par évocation d’images qui tiennent pour beaucoup de l’iconographie d’un Jérôme Bosch : elles mêlent aussi bien le magique et le somptueux que le monstrueux au milieu de symboles et de bestiaires angélico-démoniaques. L’auteur fait part, à la fin du texte, de quelques autres références qui jalonnent ce récit épique, qui a quelque chose d’homérien.

Le freak show de Jean-Luc d’Asciano invite le lecteur à se laisser perdre dans l’histoire. Elle n’est pas essentielle dans la mesure où elle n’est là que pour mettre en lumière les personnages. Ne vous laissez pas, comme moi par instant, enfermer dans l’histoire, alors que le titre est là pour vous rappeler cette vérité : « Souviens-toi des monstres », donc des protagonistes. En corollaire, je rajouterai « Souviens-toi de Jean-Luc d’Asciano », on n’écrit pas une telle somme littéraire impunément. Mais je ne le remercie pas de me faire sentir tout petit lecteur inadapté à son savoir symbolique !