Étiquettes

, , , , , ,

Titre : Secret de Polichinelle

Auteur : Yonatan Sagiv

Traduction : Jean-Luc Allouche

Éditeur : L’Antilope

Oded Héfer, hardboiled détective sauce queer

Que voilà un peu de fraîcheur polardeuse qui fait du neuf avec du vieux ! Et ceci est un vrai compliment.

Pour le vieux : prenez une bonne grosse pincée de détective privé. Assaisonnez-le d’un soupçon de roublerie et de penchant pour l’alcool. Versez des manigances immobilières et laissez mijoter avec quelques bons légumes choisis parmi des policiers semblant être à la ramasse, des entourages familiaux louches et des suspects multiples.

Pour le neuf : faites coucher le détective gay avec le policier chargé de l’enquête, rajoutez de l’homosexualité un peu partout tant que vous y êtes et saupoudrer tout au long de la cuisson des morceaux de stéréotypes des romans de détectives privés passés que vous aurez pris un malin plaisir à casser… à coup d’autres stéréotypes.

C’est dans cet antagonisme entre stéréotypes du passé et du présent que réside toute la saveur de ce roman pour le moins débridé. Antagonisme renforcé par les multiples références que fait le héros principalement aux séries américaines mettant en scène des détectives privés qu’il prend pour modèles mais sans toutefois oublier de mentionner les grands détectives de la littérature que sont Holmes, Dupin ou Hercule Poirot.

Oded Héfer est donc un homo totalement désœuvré qui, ayant raté tout ce qu’il a tenté, décide de se lancer dans la carrière de détective privé. Force est de constater que sa malchance le poursuit dans son nouveau métier pour lequel il semble à peu près aussi peu prédestiné que pour n’importe quel autre métier. Du coup, son enquête avance un peu à son corps défendant (qui se défend de tout sauf des occasions de coucher à droite ou à gauche), à grand renfort de dialogues ciselés avec les différents suspects successifs, tous dans l’entourage familial direct de la victime.

Cette dernière, femme de caractère, a établi sa carrière de requin de l’immobilier avec son associé et ancien mari. Violent et sans états d’âme, il est le premier suspect d’Oded. La sœur de la victime n’échappera pas à la suspicion d’Oded, au même titre que ses enfants, que son amie d’enfance ou que ses autres différents maris…

En installant sa narration à Tel-Aviv, Yonatan Sagiv rend, de son aveu même (j’ai eu la chance de le croiser), crédible les excès auxquels se livrent ses personnages, que ce soit en terme de frasques sexuelles ou de projets immobiliers. Je me posais cette question au fur et à mesure de ma lecture en essayant de ne pas transposer l’histoire, les personnages et les faits dans un environnement français. Ce roman permet ainsi d’aborder la société israélienne par un prisme différent et atypique.

Dans ce premier tome (série en cours en Israël et, souhaitons-le, à suivre en France), Yonatan Sagiv se garde bien d’aborder des sujets très politiques. Ce sera moins le cas dans le tome 2 que j’attends déjà avec impatience !