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Titre : Liminal

Auteur : Jordan Tannahill

Traduction : Mélissa Verreault

Éditeur : La Peuplade

Sublime-inal

Le point de départ du récit est simple : Jordan Tannahill pénètre dans la chambre de sa mère qui tarde à se réveiller. Dort-elle ou est-elle morte ? Les 430 pages suivants du roman tiennent dans cette seconde que dure l’interrogation de Jordan. Les 430 pages suivantes du roman sont les réflexions que cette situation provoque dans l’esprit de Jordan Tannahill.

De souvenirs d’enfance à son adolescence puis sa vie d’adulte, de sa vie privée à sa vie sexuelle en passant à sa vie professionnelle, Jordan Tannahill crée parfois des parallèles inattendus mais toujours finalement si évidents pour parler du corps. Toutes les situations, tous les mots, toutes les pensées, toutes les réflexions, toutes les expériences de Jordan Tannahill pointent dans la même direction : le rapport au corps.

Jordan Tannahill en appelle à ses cours de théâtre à l’école d’art dramatique de Ryerson, aux traumatismes psychologiques générés par son rapport à la religion, à ses élucubrations sexuelles, au temps de l’assagissement, à l’amitié, à l’art et aux performances des artistes qui se sont produits dans la galerie qu’il a tenue avec son petit ami… Le rapport au corps prend chez Tannahill de nombreux visages allant de l’intimité à l’individu en passant par la sexualité, la sentience (capacité de ressentir), sa matérialité, sa spiritualité, son symbolisme, le narcissisme, l’exhibitionnisme, son empirisme, son approche scientifique et nutritionnelle, son contenu par opposition à son contenant, la conscience que le corps peut avoir de lui-même… Le menu est tellement vaste mais Jordan Tannahill ne nous offre pas de choisir, il nous entraîne dans une dégustation gastronomique de sa vision du corps. On n’en ressort pas totalement indemne.

Malgré tout, ce roman ne peut pas être, à proprement parler, considéré comme une autobiographie. Si la base narrative est la propre vie de Jordan Tannahill, son but n’est clairement pas de se livrer à un simple catalogue de ses souvenirs. La nécessité de ce livre réside dans les conclusions qu’il en tire ou dans les digressions et réflexions auxquelles sa propre vie l’amène.

Et malgré la relative longueur de ce livre qui dépasse allègrement les 400 pages, sa lecture se révèle éclairante et passionnante tant elle amène le lecteur à se poser lui-même de nombreuses questions sur son propre rapport au corps, à la mort, à l’autre, à soi. Comme dans toute introspection, on n’a pas toujours le beau rôle. Jordan Tannahill ne s’épargne d’ailleurs pas, le lecteur ayant de temps en temps envie de lui filer deux beignes quand il se comporte comme un gamin un peu trop gâté. Mais c’est en fin de compte ce qui le rend à la fois humain et proche du lecteur qui se retient de les lui filer parce que c’est un peu à lui qu’il pourrait les balancer…

Tout ça pour vous dire à quel point Jordan Tannahill signe un premier roman (il est auteur de pièces de théâtre) foisonnant, passionnant, vibrant d’intensité et d’humanité, charnel, fusionnel, émotionnel… la liste serait trop longue à dresser ici : à chacun de se faire son propre avis.