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Titre : Danses du destin

Auteur : Michel Vittoz

Éditeur : Quidam éditeur

Noire partition

Il semblerait que ce roman soit la suite d’un autre roman de Michel Vittoz dont la réédition chez Quidam est prévue pour l’année prochaine. Force est de constater que de ne pas avoir lu le précédent ne pose aucun problème pour la lecture de celui-ci. Force est de constater encore que la lecture de celui-ci donne férocement envie de lire le précédent.

L’histoire est suffisamment complexe pour ne pas tenter de de la résumer ici. Ce serait d’autant plus dommage qu’en son sein réside une partie de l’intérêt du récit. En effet, Michel Vittoz tire la ficelle de plusieurs pelotes, de mélanger allègrement les fils, de les unir à travers le temps, par l’intermédiaire de ses personnages, sans jamais perdre ni sa narration ni, du coup, son lecteur.

Il manipule ses personnages et leurs interactions, que ce soit dans leur passé (relations pendant la Seconde Guerre Mondiale pour les personnages les plus âgés, relations post-Seconde Guerre Mondiale pour les générations intermédiaires et jusque dans les années 1970 pour la partie la plus contemporaine du roman). On suit donc les agissements respectifs des personnages sur un peu plus de trente ans.

Trente années marquées par tant de manœuvres, tant de manipulations, tant de haines et tant de ressentiments.

Les premières rivalités concernent le premier mort de ce récit, tué par son propre fils, ignorant à ce moment-là que c’est son père qu’il descend d’une balle, Joseph Lowenstein, était en rivalité, au sein même de la résistance, avec « Jules » ancien résistant gaulliste devenu ministre et ayant entretenu des accointances avec le chef de la milice de Dijon.

Mais qu’est-qui a donc fait que le fils se retrouve sur le chemin du père et le tue ?

Les secondes rivalités concernent le fameux ministre, sur la touche politique mais qui fomente un retour tonitruant aux affaires, et une espèce de barbouze qui a louvoyé constamment entre les différents services de renseignements français.

Mais qu’est-ce qui a donc fait que ces deux hommes se retrouvent dans un face à face dramatique ?

Les troisièmes rivalités concernent le barbouze et Joseph Lowenstein, dont le destin tragique fera boule de neige sur la mère adoptive de son fils et sur le policier chargé de surveiller Joseph.

Mais qu’est-ce qui a donc fait que toutes ces personnes se croisent ainsi ?

Chaque personne se livre à un jeu de dupe basé sur la manipulation. Michel Vittoz met ainsi dans la bouche de son barbouze les trois principes suivants de la manipulation :

  1. Le résultat d’une manipulation est d’autant plus fiable que celui qu’on manipule est persuadé qu’il ne l’est pas,
  2. Tout manipulateur est susceptible d’être manipulé,
  3. La trame d’une manipulation se construit comme un roman. Un bon roman manipule en douceur son lecteur. L’auteur le conduit où il veut et, si la trame est bien construite, le lecteur se laisse mener comme un enfant et, en plus, il adore ça.

Il ne fait rien moins que de nous expliquer exactement ce qu’il est en train de faire ! Non seulement les personnages de l’auteur se manipulent-ils les uns les autres, mais en plus l’auteur prévient le lecteur : je te manipule aussi… et tu vas aimer ça. Et c’est ma fois vrai qu’on adore ça ! On peut alors se demander quelle est le rôle exact de l’auteur et la place du lecteur.

Michel Vittoz manipule son lecteur en le mettant dans une situation qui peut lui paraître particulièrement privilégiée : chaque personnage connaît et raconte donc un pan différent de l’histoire globale et le lecteur est à la meilleure place en ayant connaissance de ces différentes histoires. Pour autant, sachant tout cela, le lecteur ne s’en trouve pas plus avancé que chaque personnage pris indépendamment. Le lecteur sait tout, mais finalement ne comprend rien…

Michel Vittoz prend les destins de ses personnages et les fait se télescoper. Il est d’ailleurs assez notable de noter que Michel Vittoz s’appuie beaucoup plus sur la psychologie des personnages que sur leurs caractéristiques physiques. Il y a ainsi très peu de descriptions physiques. Les caractères des personnages, leurs motivations – personnelles, politiques, financières, vengeances, pouvoir, survie… – priment sur ce qu’ils sont physiquement.

Au-delà de ces considérations de structure, on ne peut pas ne pas évoquer le côté tragédie shakespearienne de ce roman. Ça défouraille et ça meurt quand même beaucoup dans ce roman ! Celui-ci entremêle, qui plus est, des rapports familiaux compliqués, des manipulations et des faux-semblants, des trahisons et des coups fourrés.

Au final, ce roman noir est une réussite de bout en bout et je ne peux que vous conseiller de vous atteler.