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Titre : Les chroniques de Prydain – Tome 1 – Le livre des trois

Auteur : Lloyd Alexander

Traduction : Marie de Prémonville

Éditeur : Anne Carrière

Taram

Taram n’est qu’un simple apprenti porcher qui rêve de grandeur, d’exploits héroïques, de quêtes et de gestes guerrières. Or so it seems… Que Taram développe un attrait tout particulier pour tout ce qui relève de l’héroïsme ne peut être remis en cause. Mais Taram est-il réellement le simple apprenti porcher qu’il semble être en contradiction avec ses intimes aspirations ?

Sa vie à Caer Dalben s’écoule lentement entre un forgeron à qui il demande de lui enseigner à manier l’épée et un vieux sage aux lectures ésotériques. Mais le jour où d’anciens rois et seigneurs viennent s’en prendre à Hen Wren, le cochon, sa vie bascule. Encore faut-il préciser que ce cochon n’est pas n’importe quel cochon : il peut prédire l’avenir.

A partir de cet instant, en partant précipitamment à la recherche d’Hen Wren, Taram scelle son destin. Il poursuivra sa quête avec l’aide de Gwidion d’abord, héros des temps passés qui reprend du service. Noble, fier, fort, légèrement imbu de sa personne, Gwidion prend néanmoins Taram avec lui sur les traces d’Hen Wren.

Petit à petit, Taram affronte de multiples dangers au cours desquels il va s’entourer d’aides plus ou moins étranges et démontrer des talents de plus en plus affirmés pour mener à bien la mission qu’il s’est imposée. Un nain, Doli, chargé de les guider, décrit d’ailleurs admirablement bien le groupe atypique que forment Taram et ses amis, Melyngar, Gurgi, Fflewddur et Eilinwy : « Guider une bande de… de quoi ? Un apprenti porcher, un idiot à cheveux jaunes avec un luth, une fille avec une épée, un je-ne-sais-quoi hirsute, sans parler du bétail. » Doli, qui vient de prononcer cette tirade, n’est pas en reste : il est persuadé de pouvoir se rendre invisible mais n’y parvient jamais…

Ce premier tome des aventures de Taram, ces Chroniques de Prydain, royaume de magie et de merveilles, narre le début de l’apprentissage de la vie d’homme de Taram. La maturité qu’acquiert Taram au fil des péripéties de son voyage vient autant de ses propres exploits que de la force qu’il retire des réalisations auxquelles il parvient avec ses compagnons. Oui, ce groupe est atypique ; oui, il est mal fagoté ; oui, il est fait de bric et de broc ; oui il est parfois ridicule dans ses décisions et dans les batailles livrées, parfois naïf. Mais leur union fait leur force. On n’additionne pas simplement les forces de chacun. Au sein d’un groupe soudé, non seulement les interactions gomment-elles les faiblesses individuelles, mais en plus on s’inspire un peu des forces et aptitudes de ses amis.

Le mentor de Taram le résume à la fin du livre, une fois que tout semble être partiellement rentré dans l’ordre, que Prydain a retrouvé un semblant de tranquillité et que le groupe va se retrouver dispersé. Il s’adresse à Taram en ces mots : « Si tu as commis des erreurs, tu as le bonheur de les reconnaître. […] Est-il vraiment important de savoir lequel d’entre vous a fait quoi, puisque vous partagiez tous le même but et le même péril ? Nous n’accomplissons jamais aucune de nos actions totalement seuls. Il y a une part de nous dans tous les autres, et tu es bien placé pour le savoir. D’après ce que j’ai entendu, tu t’es montré aussi impétueux que ton ami Fflewddur. On m’a raconté, entre autres choses, qu’une nuit tu avais bondi tête baissée dans un buisson épineux. Et tu as parfois dû te plaindre comme Gurgie et, comme Doli, tenter d’accomplir l’impossible. »

Taram, après toutes ces aventures, peut-être à cause d’elles, décide de rentrer chez lui. La vie d’aventurier ne ressemble pas totalement à l’idée qu’il s’en faisait. Il choisit donc de retourner à sa vie d’apprenti porcher, plus calme, plus conforme à son adolescence. Roman d’apprentissage par excellence, Taram grandit mais n’en est qu’au début de son parcours. Et le mentor de Taram de conclure : « Mais ce n’est pas Caer Dalben qui a rapetissé. C’est toi qui as grandi. »

Il y a beaucoup d’analogies qu’on est tenté de faire avec le Seigneur des Anneaux, par exemple. Il est question de quêtes, de combat entre le bien et la mal, d’un groupe d’individus venants d’horizons très différents mais qui se complètent, on y croise un être, Gurgi, qui ne pense pas qu’à son précieux anneau mais à sa précieuse nourriture. Les Chroniques de Prydain sont toutefois beaucoup moins sombres, beaucoup moins défaitistes que la saga de Tolkien. Il y a plus de légèreté dans la narration de Lloyd Alexander, plus de clarté et de lumière dans les événements racontés de main de maître par l’auteur et rendus dans une traduction subtile de Marie de Prémonville.

En tout état de cause, la réelle identité de Taram (faux ou vrai garçon porcher ?) reste un mystère pour les prochains tomes de cette magnifique saga. Vivement la suite !

P.S. : je m’excuse par avance pour les erreurs potentielles dans les noms de personnages. J’ai une écriture tellement atroce que je n’arrive pas à me relire moi-même…

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