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Titre : Les chroniques de Prydain – Tome 2 – Le chaudron noir

Auteur : Lloyd Alexander

Traduction : Marie de Prémonville

Éditeur : Anne Carrière

Hum, Taram !

Ah mes aïeux ! J’espère sincèrement que la qualité de cette série dont voici la recension du tome 2 (sur un total de 5) va nettement baisser à partir du troisième tome. Non parce que déjà que j’avais adoré le tome 1 et que le tome 2 est encore meilleur… je vais me retrouver à sec de superlatifs assez rapidement…

On retrouve ici et les personnages et les ingrédients qui font la réussite du tome 1. Alors que Taram de Caer Dalben a retrouvé sa petite vie ennuyeuse d’apprenti porcher, vie toutefois rythmée par la présence de Gurgi, l’étrange créature sans cesse affamée, et d’Eilonwy, la princesse libérée par Taram dans le précédent récit, Gwidion surgit à nouveau pour entraîner Taram et ses amis dans de nouvelles aventures.

Cette fois-ci, la mission consiste à aller récupérer le chaudron noir duquel Arawn fait jaillir ses guerriers immortels et à le confier aux bons soins de l’enchanteur Dalben dans le but de le détruire définitivement. Je ne vous dévoilerai rien en vous disant que le plan ne se déroulera pas exactement sans accroc.

Taram, dans ce récit, se trouve encadré par deux personnages diamétralement opposés représentant en quelque sorte ses petits diables, maléfique et bénéfique. Adaon, barde, prince, est d’une sagesse, d’une gentillesse et d’un courage peu ordinaires. Adaon endosse le rôle de guide auprès de Taram. A l’opposé, Ellidyr est le fils cadet d’une famille royale, voué à l’aventure à la recherche d’une gloire accaparée par ses aînés. Rempli d’aigreur, d’agressivité et de jalousie, il passe sont temps à piquer Taram de mots acerbes, empreints d’une méchanceté qui le rend totalement imbuvable. Taram, encore jeune et mal dégrossi, répond du tac au tac à Ellidyr, au risque de prendre de mauvaises décisions, de faire capoter la mission.

Si Taram commence à grandir un peu, sa fougue naturelle l’entraîne à répondre aux provocations d’Ellydir. La frontière est mince entre la bravoure dont il faudrait faire preuve et la bravade ou la témérité affichées par Taram ou Ellidyr. Elle n’est pas plus importante entre le courage, la force ou la fierté et la peur ou la stupidité.

Cette fois-ci, les aventures de Taram l’obligent à s’interroger un peu plus, non pas sur la force de l’amitié et de l’entraide comme dans le tome 1, mais sur la gloire. Taram, comme tout un chacun, rêve de gloire et d’exploits. La gloire réside-t-elle dans un nom, ce dont il est privé mais qu’Ellidyr lui renvoie en pleine figure à tout moment ? Est-elle cachée dans la capacité à brandir une épée, à engager un combat et à le gagner ? Se trouve-t-elle dans les actes ?

Adaon, dans sa clairvoyance, fixe un cap à Taram, une fois de plus ramené à sa condition d’apprenti porcher par les propos insultants d’Ellidyr : « J’ai participé à bien des batailles, confia Adaon à mi-vois, mais j’ai aussi planté des graines et moissonné de mes propres mains. Et j’ai appris qu’il y a plus d’honneur à tire d’un champ bien labouré que d’un champ baigné de sang. »

A travers Adaon, décidément un personnage éclairant de ce deuxième tome, et la broche qu’il arbore à son cou, Lloyd Alexander fixe la destinée de Taram et de ses amis sous trois auspices : connaissance, vérité et amour. Cette sorte de sainte trinité se retrouve d’ailleurs dans la composition du noyau dur de l’équipe formée par Taram avec ses amis. Celui-ci, après quelques péripéties, est finalement entouré du barde Fflewddur, menteur invétéré dont les cordes de la harpe se brisent dès qu’il enjolive un peu trop la vérité, et donc de Gurgi et d’Eilonwy. Ils représentent chacun un aspect de cette trinité. Le barde, malgré ses mensonges à répétition, n’est pas là pour camper la vérité mais la connaissance. Gurgi, constamment à la recherche de nourriture, ne brille pas par ce qu’on appellerait de l’intelligence mais, par ses observations, ses remarques simples mais jamais simplistes, représente la vérité. Reste donc l’amour dévolu à Eilonwy dont on saisit bien vite que les relations avec Taram ne peuvent pas rester qu’amicales. Il y a un côté « qui aime bien, châtie bien » chez Eilonwy à l’encontre de Taram. La connaissance, à travers les jeux instaurés par Lloyd Alexander, entre passé, présent et avenir, est une route toute tracée vers la vérité et l’amour.

Ironiquement, on retrouve aussi cette sorte de sainte trinité dans les trois sorcières que Taram et ses compagnons rencontrent sur les traces du chaudron noir : Orddu, Orwan et Orgoch, qui n’ont pas non plus leur pareil pour semer la confusion dans les sentiments des protagonistes et le doute dans leurs esprits, en tenant des propos tour à tour sibyllins ou ambigus mais qui ont pour but de mettre Taram et ses amis sur le droit chemin.

Ajoutez encore à tout cela le fait que Lloyd Alexander distille la bonne dose d’action, de rebondissements, renouvelle quelques personnages pour le plus grand bonheur du lecteur et, si vous avez déjà apprécié le premier tome de ces aventures, vous ne pourrez que sauter de joie à la lecture de ce deuxième épisode.

Vivement la suite ! (j’ai l’impression de le dire beaucoup depuis le début de l’année 2020).