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Titre : Ça fait longtemps qu’on s’est jamais connu

Auteur : Pierre Terzian

Éditeur : Quidam

La crèche, cet autre reflet social

En règle très très générale, les quatrièmes de couverture ou les argumentaires presse ont tendance à exprimer des louanges envers les textes présentés, louanges qui ont parfois tendance à s’émousser à la lecture. Une fois n’est pas coutume, celles avancées par l’éditeur dans l’argumentaire qui accompagne « Ça fait longtemps qu’on s’est jamais connu » sont en tout point le strict reflet de la réalité. Alors, une fois n’est pas coutume, le voici :

« Ça fait longtemps qu’on s’est jamais connu est un récit hybride, qui mêle galerie de portraits, impressions, pensées, phrases d’enfants attrapées au vol, dérèglements, petites beautés des jours, qui dépeignent ensemble un milieu, traditionnellement ignoré de la littérature, celui des garderies, à Montréal, tout en offrant un aperçu assez inédit de la société québécoise. Une compilation, poétique et mordante, de deux cents journées en une. C’est aussi un carnet de voyage […] qui décrit en filigrane le Québec des années Couillard. Mais aussi un Québec carrefour pacifique de toutes les cultures, où les langues se mêlent dans un joyeux désordre identitaire. […] C’est aussi le témoignage hilarant d’un infiltré parmi des êtres fragiles, bouillonnants. Une déclaration d’amour aux petites gens, résistants magnifiques, excentriques et exaltants. »

A travers le monde des petits, Pierre Terzian ouvre une porte, une fenêtre, malicieuse, espiègle, drôle, féroce, franche, sur celui des grands, sur la grandeur ou le misérabilisme de quelques vies. Le récit de Pierre Terzian est autant social que politique que culturel.

Il se moque autant des petits travers des québécois que des français expatriés, des tics linguistiques, des écarts culturels. Il est drôle et profond. Cette conjugaison de tons, pas toujours en adéquation l’un avec l’autre mais ici en parfaite symbiose, vient de la confrontation de deux réalités : notre héros, l’auteur, est aspiré, au quotidien, dans le cadre des remplacements qu’il assure au débotté dans les crèches, par le monde des enfants dont il s’occupe et se prend, en même temps, celui des adultes en pleine tête. La rencontre de ces deux aspects de la vie provoque de véritables étincelles, pour le plus grand plaisir du lecteur.

Pierre Terzian atteint des sommets de drôlerie, de folle poésie, quand il évoque les jeux libres des enfants. Et il sublime littéralement le surréalisme dans ce qu’il a de plus artistique quand il narre son passage dans une sorte de crèche conceptuelle où l’enfant est roi, où c’est ce dernier qui « construit » lui-même sa journée, s’il dort ou pas, s’il mange ou pas, s’il goûte ou pas : à 3 ans, l’enfant est mis en position d’être « acteur » de sa vie au quotidien. Un vrai régal d’absurdité !

Qui mieux que les enfants eux-même pour faire part de cette absurdité. Pierre Terzian s’appuie sur les paroles de ces enfants qu’il a côtoyés, paroles orphelines du filtre moral que l’enfant se met en grandissant. Pierre Terzian en revient ainsi un peu à l’innocence et à la pureté originelle qui font parfois défaut aux plus beaux discours.

Le style et le récit de Pierre Terzian sont enlevés, drôles, émouvants, critiques, sociaux, culturels. L’auteur endosse à merveille son rôle de passeur privilégié. Nous endossons avec un formidable plaisir celui de témoin…