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Titre : Un homme doit mourir

Auteur : Pascal Dessaint

Éditeur : Rivages

… mais mourra-t-il ?

Bon d’accord, j’ai eu un peu de retard à la lecture, à peine une toute petite année… et demie… Mais ce Pascal Dessaint, ce n’est pas n’importe quoi.

Le récit de Pascal Dessaint alterne les chapitres relatifs d’une part à Boris, naturaliste, chargé de pondre des rapports sur l’impact de travaux de BTP ou d’enfouissement de déchets sur l’environnement, et d’autre part Alexis, appelé à la rescousse par son ami d’enfance Raphaël, entrepreneur local dont l’argent semble autoriser toutes les folies comme celle consistant à araser une dune pour avoir une meilleure vue sur la mer depuis la terrasse de sa villa.

Si Raphaël est clairement un être sans scrupule, Boris et Alexis ne sont pas faits du même bois. Boris doute du bien fondé de son métier. Naturaliste, sa passion aurait pu le mettre de l’autre côté de la barrière, celui des défenseurs de la nature avant tout mais il est de celui des défenseurs des vilains entrepreneurs. Les événements de cette histoire le mettront en situation de choisir définitivement son camp.

Alexis, lui, a tout de l’étoffe dont on fait les salauds. Il a partagé avec Raphaël les mêmes conneries de jeunesse, il a monté sa boîte de vente de bois, il a de l’argent, il a une grosse voiture… Mais Alexis, on le sent dès le départ, a un fond humain qu’il ne peut pas passer sous silence. Lui aussi devra, avant la fin de l’histoire, choisir son camp.

Aux détours de sa narration, Pascal Dessaint dépeint les petites et moins petites magouilles rendues possible par l’abus d’un pouvoir dirigé par l’argent. Mais cette dénonciation paraît accessoire. C’est juste le décor dans lequel Pascal Dessaint s’intéresse aux hommes (nous passerons sous silence les personnages féminins très secondaires). Mais à tout prendre, le sexe des anges, enfin des personnages, n’a que peu d’importance, compte tenu de l’histoire racontée.

Bien évidemment, Pascal Dessaint va faire en sorte que les chemins de Boris et d’Alexis se croisent, rapidement, furtivement comme pour mieux mettre en scène leurs choix respectifs. A travers ces choix qui s’opèrent, entre une option individualiste et une autre humaniste, Pascal Dessaint s’attache à dépeindre une société malade de cet égocentrisme, coupable de lâcheté face aux enjeux sociétaux que peuvent être l’entraide, la solidarité ou l’écologie et l’environnement. Il ne se trompe pas en écrivant que « … l’humanité est en train de boire le bouillon, c’est sûr. Elle me fait penser à un poivrot. Il a le nez dans le caniveau, il est encore un peu conscient, mais il risque fort de se noyer dans son vomi. »

On pourra reprocher à Pascal Dessaint le biais qu’il utilise pour provoquer la rencontre entre Boris et Alexis. Ils ne se croisent d’ailleurs que le temps d’un instant qui n’est en rien essentiel à la construction de leurs choix, déjà très orientés avant ce moment éphémère. L’intervention du tonton de Boris est artificielle. Il n’en reste pas moins un message véhiculé par l’auteur : « Continuons ! Résistons ! Aimons ! ».