Étiquettes

, , , , , , , , , , ,

Titre : Or, encens et poussière

Auteur : Valerio Varesi

Traduction : Florence Rigollet

Éditeur : Agullo

Le mage(icien) Varesi

Vu que c’est toujours un plaisir de lire une aventure du Commissaire Soneri, c’est toujours un plaisir de parler d’un livre de Valerio Varesi !

Le récit démarre avec un corps calciné découvert sur les bas-côtés d’une autoroute embrumée. Il continue avec des Roms, des clandestins, des roumains, de soi-disant membres de la soi-disant bonne société parmesane, un vieux retrouvé mort dans un bus, des jeunes filles fantomatiques…

Valerio Varesi lance son désormais familier commissaire sur les différentes pistes qui devraont le mener à la résolution de son affaire, ou de ses affaires. Car, en bon polar qui se respecte, l’enquêteur se doit de résoudre l’affaire… Ça c’est pour la partie « classique » du polar, qu’il soit français, américain, norvégien ou, ici, italien.

Car, si judiciairement parlant, Valerio Varesi autorise une fois de plus son personnage à résoudre son enquête, il ne se prive pas de le laisser patauger dans un marasme social, un peu comme d’habitude. En se penchant sur les travers de la sociétés parmesanes, Valerio Varesi dresse un portrait sans concession de sa ville. Par respect pour l’intrigue de notre bon commissaire Soneri, je ne dévoilerai pas les différents thèmes évoqués par Valerio Varesi. Mais force est de constater que, comme d’habitude, Valerio Varesi fait mouche et touche au plus pervers et au plus sombre de la société italienne.

Valerio Varesi continue à brosser le portrait de ses personnages centraux, au premier rang desquels Soneri. Son commissaire doit se dépatouiller avec ses propres démons. Il est la proie de ses sentiments et de sa situation personnelle : jalousie, instabilité du couple qu’il forme avec Angela, mis à mal par une sorte de routine dans laquelle ils s’installent tous les deux. Il est aussi en prise avec ses relations professionnelles et notamment les bisbilles avec certains de ses collègues et, surtout, sa hiérarchie.

Mais un roman de Valerio Varesi ne se limite ni à la qualité de ses personnages ni à la profondeur des aspects sociaux abordés. Il y a deux éléments supplémentaires chez Valerio Varesi qu’on ne trouve pas systématiquement dans d’autres polars sociaux, loin de là.

Il y a, dans les romans de Valerio Varesi, des ambiances que l’auteur parvient parfaitement à rendre compte à travers son écriture. La brume qui recouvre la région parmesane opère comme une véritable chape de plomb, tangible, solide, opaque, malgré son immatérialité. Cette brume, c’est aussi l’incertitude dans laquelle Soneri se trouve, à titre personnel ou professionnel.

Et puis, en point commun des aventures de Soneri, il y a toujours un personnage à la marge. Ici, il s’agit de Sbarazza, ex-marquis aujourd’hui désargenté qui mendie sa pitance dans les restaurants mais sauve les apparences en gardant sa stature extérieure de marquis afin d’en imposer aux autres (à certains autres en fait) dans le but de venir en aide aux plus démunis en les assistant dans leurs démarches administratives. On ne refuse rien à un marquis… Ce personnage n’est pas sans rappeler le joueur d’accordéon du récit précédent qui, sans avoir l’air d’y toucher, est une des portes proposées par Valerio Varesi pour entrer dans son monde, pour dépeindre sa société…

Il y a une phrase de ce texte, que j’avais notée, et qui, je trouve, représente assez bien le caractère de Soneri et l’esprit de Valerio Varesi qui s’attache certes aux travers d’une société italienne déliquescente mais le fait à travers l’humain qui émaille son histoire, que ce soit en bien ou en mal : « il retrouvait toujours chez les victimes ce sentiment de frustration commun aux destinées humaines ».

Cet humanisme dont Valerio Varesi ne se départ jamais, il le transmet à Soneri. C’est d’ailleurs ce trait de caractère qui lui permet de naviguer en eaux troubles ou de sauver son couple avec Angela qui lui lance une phrase qui résume la personne qu’il est : « il y a une chose qui me plaît chez toi, et que je n’ai jamais trouvée chez aucun autre homme, c’est quand tu réussis à faire coexister la naïveté d’un jeune homme avec le pessimisme d’un vieux ». Soneri n’est à la fois ni dupe ni résigné. C’est la marque d’un homme persévérant.

Cette aventure de Soneri est énormément basée sur des principes d’opposition : le personnage du marquis, sorte de Janus aux deux visages, celui qu’il affiche pour paraître celui qu’il n’est plus et celui qu’il prend avec Soneri, quand il abat les masques ; la vie privée de Soneri qui bat de l’aile ; la société parmesane qui périclite et se trouve à l’aube de changements profonds, qui hésite entre tradition et modernité. Cela se matérialise en quelque sorte dans la relation entre Soneri et Juvara. Ces deux-là se trouvent sur deux versants opposés de la même colline : ils travaillent ensemble mais n’ont pas la même approche ni des méthodes policières à employer (l’un se borne à faire appel à son sens de l’intuition et à son flair pendant que l’autre se base sur l’analyse des faits et des données informatiques) ni… du rapport à adopter par rapport à la bouffe ! Quand l’un se délecte de plats roboratifs l’autre se soumet aux régimes…