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Titre : L’Ours et le Rossignol

Auteur : Katherine Arden

Traduction : Jacques Collin

Éditeur : Folio SF

La magie des contes russes

Sous des dehors très modernes, ce roman reprend des codes très anciens, issus de la tradition et de la culture russe. Les légendes et les contes de l’Est, peuplés de créatures terrifiantes et sournoises ou au contraire douces et protectrices et parfois un peu des deux, servent de base à un récit passionnant et émouvant.

Ce premier tome des aventures de Vassia (série qui en compte trois) pose les bases de l’histoire imaginée par Katherine Arden : elle y aborde la vie de Vassia, dans une Russie provinciale où les croyances en des puissances protectrices multiples s’opposent encore à l’idée d’un Dieu unique, de sa naissance à la fin de son adolescence.

Cette vie est marquée par une succession de drames, qui parsèment sa vie pour mieux la mettre à l’épreuve et la préparer à son destin. Vassia hérite de pouvoirs de sa grand-mère au moment de sa naissance, jumelée avec la mort brutale de sa mère. Vassia possède le don de double vue : elle voit et peut entrer en communication avec les différents esprits qui peuplent les contes russes. Qu’il s’agisse des esprits des foyers, des écuries, des forêts, des eaux… Vassia les connait, les côtoie, échange avec eux. Ce sont ses amis, mais des amis dangereux, au service de puissances qui dépassent Vassia, de puissances qui veulent manipuler Vassia aux fins de conquérir plus de pouvoir encore. Deux frères se livrent une bataille à mort pour mettre la main sur les pouvoirs de Vassia et les utiliser à des fins personnelles.

Vassia doit lutter pour elle-même vis-à-vis des esprits qu’elle voit mais, plus encore, contre sa belle-mère qui, voyant aussi les esprits mais effrayée par ces visions, tente par tous les moyens d’imposer une religion croyant dans un Dieu unique, portée par un prêtre qui utilise le diktat de cette religion pour maintenir les habitants dans la peur constante de cette puissance supérieurs appelée Dieu et petit à petit faire disparaître les esprits anciens : l’oubli de ces esprits qu’il impose aux habitants de la région provoque l’affaiblissement de ceux-ci.

Vassia doit donc non seulement se protéger mais également protéger les esprits et les anciennes croyances.

Ce premier volet des aventures de Vassia aborde assez frontalement les notions de bigoterie, de croyance, de gouvernance par la peur. Le prêtre, Konstantin, est persuadé que sa religion et sa foi font sa force alors qu’il n’est qu’un homme, faible face à la tentation représentée par Vassia. Il brandit la croyance et la peur comme étendards contre les croyances anciennes qu’il tente de ravaler au rang de superstitions. Mais le prêtre est lui-même le jouet de ses croyances qui ne sont rien d’autres que des superstitions qui prêtent le flanc aux supercheries et aux mensonges.

Là où Konstantin fonctionne avec la soumission des peuples placés sous sa soi-disante protection, Vassia prône la connaissance, la compréhension mais aussi une forme d’acceptation de forces qui nous dépassent.

Au-delà de ces considérations, « L’ours et le rossignol » est également un formidable roman d’aventures, de magie, parsemés de combats épiques, de rebondissements…

En mêlant habilement ces deux aspects, actions et réflexion, dans son récit, Katherine Arden livre un roman emballant, sans temps morts, propre à emmener petits et grands dans la trace laissée par le traîneau de son histoire, de ses personnages attachants ou particulièrement horripilants (mais jamais extravagants, elle sait garder la mesure de ses personnages et des situations), et surtout de la suite des aventures de Vassia…