Étiquettes

, , , , , , , ,

Titre : Les chroniques de Prydain – T5 – Le Haut Roi

Auteur : Lloyd Alexander

Traduction : Marie de Prémonville

Editeur : Anne Carrière

La boucle est bouclée, le roi est couronné

Ah que cette lecture fut parfaite pour couronner cette pentalogie Taramesque… Ah que l’écriture de ce billet est un arrachement du cœur parce que cette saga est maintenant terminée ainsi que la quête de Taram.

Comme de bien entendu, on retrouve dans cet ultime épisode l’ensemble des personnages qui ont jalonné notre parcours dans ce monde merveilleux imaginé par Lloyd Alexander : Taram sans qui rien n’aurait commencé, mais aussi Eilonwy, Gurgi, Guydion, Hen Wren, Glew, Coll ou Fflew sans qui rien n’aurait été possible.

Taram a achevé sa quête personnelle sur ses origines. Malgré son apparent échec dans la mesure où il n’aura trouvé ni père ni mère ni donc d’origines, qu’elles soient nobles ou roturières, c’est justement cet échec qui fait tout sa réussite. Car si Taram n’a rien trouvé, il a passé du temps et de l’énergie à chercher… et à trouver d’autres choses : il a découvert bien plus qu’une lignée de sang, il s’est découvert lui-même. Il n’en sait pas plus sur d’où il vient, mais il sait maintenant ce qu’il veut être et pour qui il veut l’être.

Dans ce tome 5, Taram sera enfin confronté au danger apparu dès le premier tome et qui n’aura fait que grandir et prospérer au long des tomes précédents. Mais si les ténèbres se sont renforcées au fur et à mesure que l’histoire progressait, ainsi en allait-il de même pour Taram, devenu le fier guerrier à même de mener les troupes contre l’ennemi. Ce dernier tome est donc en quelque sorte une apothéose offerte à Taram et à ses compagnons pour leur permettre d’exprimer tout ce qu’ils ont acquis lors de leurs précédentes aventures.

Taram y est donc plus adulte, le ton y est plus sombre aussi. Le sens du sacrifice, déjà omniprésent dans les tomes précédents, prend toute sa valeur ici et maintenant. « Tout homme est un héros s’il se dévoue plus aux autres qu’à lui-même. Vous m‘avez dit il y a bien des années que la recherche d’une réponse comptait plus que la réponse elle-même. De même l’effort doit compter plus que le gain qu’on en tire. »

Dans cet extrait, on retrouve toute la philosophie développée par Lloyd Alexander tout au long de ses récits : abnégation, sens du partage, sans de la communauté, ouverture aux autres, bienveillance… les qualités nécessaires à un jeune roi pour gouverner, et dont Taram dispose en grande quantité et en grande qualité, ne résident pas uniquement dans sa force ou dans sa férocité. On peut aussi se grandir dans la sagesse, la tolérance, la justice.

On retrouve dans les récits de la saga de Lloyd Alexander de nombreuses analogies avec les récits de Tolkien. On a un méchant qui se tient à distance, tapis dans l’ombre, et qui ne se dévoile qu’au dernier moment, fourbissant ses armes et ses armées en secret. On a un groupe d’aventuriers intrépides, un héros, central et indispensable mais démuni seul, des peuples isolés qui doivent parvenir à s’unir pour combattre le mal. On a une bataille finale et un départ des protagonistes vers des terres immortelles… Les recettes sont certes classiques mais, sous certaines plumes, dont celle de Lloyd Alexander, peuvent prendre une ampleur qui tient du merveilleux, du sublime, qui vous emporte loin, aussi loin que les personnages eux-mêmes, dont on endosse les défroques au fur et à mesure qu’ils apparaissent au cours des récits.

Il y a tout de même une petite différence entre Lloyd Alexander et Tolkien. On y meurt chez le premier beaucoup plus, quand il s’agit des personnages centraux ou des protagonistes proches du héros, que chez le second…

L’éditeur m’avait prévenu quand je me suis lancé dans la lecture de la saga. Il m’avait écrit un truc du genre : « tu verras, les deux premiers tomes te prendront, les deux suivants t’emporteront et le dernier te fera pleurer. » Cette répartition entre les 5 tomes de leurs effets respectifs est assez (pour ne pas dire parfaitement) bien vue !