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Titre : Certains cœurs lâchent pour trois fois rien

Auteur : Gilles Paris

Editeur : Flammarion

Résiste, prouve que tu existes

« Certains cœurs lâchent pour trois fois rien » est un récit atypique qui tient de nombreux genres. Autobiographie, tranches de vie, feel good par certains côtés… On peut essayer de lui coller les étiquettes que l’on souhaite. Il n’en reste pas moins un livre d’une énorme sincérité.

L’auteur s’y livre en toute transparence, n’épargnant personne : ni lui, ni les institutions médicales qu’il a eu l’occasion de fréquenter. Surtout pas lui en fait. Le moins que l’on puisse dire est qu’il a eu une enfance compliquée, une adolescence compliquée et une vie d’adulte compliquée.

Malgré les hauts et les bas de sa vie, surtout faite de bas, Gilles Paris fait preuve d’une sorte de sérénité, acquise de haute lutte, comme si, après ses huit dépressions, il était enfin autorisé à prendre un repos psychologique mérité.

Gilles Paris revient, par petites touches, comme autant de photographies, d’instantanés qui le replongent dans son passé, sur la construction de la personne qu’il est aujourd’hui à travers son enfance, l’absence d’un père, la découverte d’une homosexualité débridée. Les débuts de sa vie d’adulte ne sont pas plus sages que ses vies précédentes : jusqu’à un âge « avancé », il aura brûlé la chandelle par les deux bouts.

En somme, il n’aura jamais vraiment réussi à trouver le juste milieu entre le fait de vivre et le fait de tout faire en excès. Excès de sexe, excès de drogues, excès de tout… Pourtant, quelques rencontres marqueront sa vie : son mari, un médecin, un ami. Heureusement qu’il a bénéficié de quelques repères dans une vie tumultueuse.

Sincère, honnête, franc, Gilles Paris est tout cela dans un livre sans fard mais sans exhibitionnisme non plus. Ce sont toutes ces qualités qui font la richesse de ce récit, que l’on partage ses obsessions, ses fragilités ou qu’on y soit confronté dans son entourage. Gilles Paris démontre que le courage et la persévérance finissent par être payants. Les tracas et les vicissitudes de la vie ne sont finalement que cela. Et s’il ne faut pas les surmonter ou les dépasser, il faut apprendre à vivre avec, les faire siens.

Il reconnaît lui-même que ce chemin ne s’arrête jamais et que ses sinuosités rendent le voyage plus chaotique, plus épuisant mais aussi, par certains côtés, plus riche. Son histoire n’est pas plus originale qu’une autre, mais étant un dépressif parmi tant d’autres, il s’en fait un porte-drapeau. Il sait être poignant sans être larmoyant. « Certains cœurs lâchent pour trois fois rien » mais le sien a tenu malgré tout, c’est la raison pour laquelle il offre son témoignage. C’est parce qu’il croit en la vie, qu’il croît en l’autre, que Gilles Paris poursuit sa route. Avec un cœur bien accroché, bien vivant.