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A fini « Château rouge » (Junichi Watanabe, trad. Kenzo Suzuki et Dominique Sylvain, éd. Atelier Akatombo). SERVICE DE PRESSE

L’éducation sensuelle

Avertissement : petite incursion (in)avouable dans la littérature érotique. A tout le moins atypique…

Si le livre a pour protagonistes un couple de japonais (auteur japonais oblige), il a pour cadre principal la France (patrie du libertinage oblige ?). Tsukiko, belle femme issue de la bourgeoisie nippone, et Katsukiko, de basse extraction sociale mais médecin prometteur, sont mariés depuis deux ans.

Mais Tsukiko se refuse à son mari et celui-ci s’en agace, la juge frigide, froide et distante, au point de fomenter un voyage de la dernière chance en amoureux et d’y organiser son enlèvement et sa séquestration dans un château où elle devra subir une ré-éducation sexuelle et de soumission… Katsukiko a exigé et obtenu de suivre le dressage de sa femme d’abord en spectateur physique des séances puis par vidéo interposée.

Ce roman est placé sous le signe de l’ambiguïté de Katsukiko. Il a ourdit ce qui arrive à sa femme mais d’une part il se met à réfléchir sur leurs attitudes l’un envers l’autre, sur leurs distances et l’éloignement qui s’est instauré entre eux pendant leurs deux années de vie commune. Il change lui-même en observant les changements psychologiques qui s’opèrent sur sa femme, en réalisant la docilité et le plaisir qui s’insinuent en elle.

Il a autant envie de punir sa femme et de se venger de l’indifférence qu’elle lui oppose depuis leur mariage qu’il regrette d’avoir envoyé sa femme dans les griffes de ses éducaterus sexuels. Il est tout autant horrifié par ce que sa femme subit (de sa faute qui plus est) qu’excizté et stimulé par ce dont il est témoin (sans pouvoir intervenir).

Cette ambivalence des sentiments de Katsukiko, de ses motivations, crée les conditions d’un piège qui se referme sur lui-même. Et on en vient à se réjouir de la situation dramatique dans laquelle il s’est lui-même plongé. On se met à détester cet homme, non pas pour ce qu’il fait subir à sa femme (qui après une période de peur se révèle à travers les épreuves qu’elle subit) mais pour sa vision de l’homme et de la femme. Elle est stéréotypée et surtout à sens unique.

Lui est égoïste, coincé dans ses certitudes, pétri d’idées toutes faites sur sa femme. Elle, elle a beau être « absente » du récit (elle n’est qu’un personnage passif), elle est en fait omniprésente, omnipotente. Elle s’immisce dans toutes les pensées de son mari au point de gagner du pouvoir sur lui : c’est lui qui souffre de l’humiliation qu’elle lui fait ressentir en prenant du plaisir à son « éducation » alors que lui n’a jamais réussi à provoquer ni sentiments, ni plaisir ni jouissance chez son épouse.

Et alors qu’il semble prendre conscience de ses manquements entant que mari et en tant qu’homme, il ne réalise jamais que tout ce qu’il fait, il le fait toujours à contre-temps, toujours en retard, toujours trop tard. Il est incapable de se remettre en cause. Peut-être parce que cette remise en cause, il doit la faire de lui-même alors que sa femme évolue contrainte et forcée (mais satisfaite).

Ainsi, même à la fin du roman, quand sa femme lui adresse un long mail explicatif, Katsukiko ne comprend rien. Et pire que tout, il persiste à toujours tout ramener à lui alors que sa femme lui parle d’eux (ou de l’impossibilité d’eux). En tout cas, Tsukiko n’épargne personne : elle met son mari devant ses carences mais n’a pas hésité à reconnaître ses propres erreurs.

Ce roman érotique en est donc un sans être que cela. Il y a certes les scènes d’éducation sexuelle subies par Tsukiko dans le château. Mais au final, ce n’est pas pour cela qu’il faut lire ce récit. N’y cherchez pas un livre pour vous émoustiller, cela va au-delà de considérations bassement physiques, vous seriez déçu. Cherchez-y plutôt une fable « amoralisatrice » et légèrement provocatrice dont certains hommes ne ressortent pas grandis. La femme est définitivement l’avenir de l’être humain…