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Titre : L’arrachée belle

Auteur : Lou Darsan

Editeur : La Contreallée

Fuir pour se retrouver

Le « pitch » de départ est somme toute assez simple : une femme, citadine, en couple, ne supporte plus son quotidien et s’en éloigne dans une fuite vers la nature. Mais chez Lou Darsan, simple ne veut pas dire simpliste. Cela rime plutôt avec poétique…

Simplicité veut dire que Lou Darsan ne livre aucune pensée intime de sa protagoniste. Elle écrit dans un registre de mots « physiques » : on suit par le détail ce qu’elle fait, ce qu’elle vit mais rarement ce qu’elle pense. Elle laisse en quelque sorte son corps prendre le pas sur son esprit, comme si prendre le temps de réfléchir, de penser, le temps de se poser et de regarder en arrière, risquait de la faire changer d’avis. Alors que ce besoin de fuir un homme et une vie qui l’étouffent possède quelque chose de viscéral, de chevillé au corps.

On a bien droit à ses émotions en plus de ses sensations physiques. Mais elles ne sont pas analysées. Tout simplement parce qu’elles n’en ont pas besoin. Elles se suffisent à elles-mêmes. Elles existent par elles-mêmes.

Le retour à soi qu’opère le personnage principal se double, assez logiquement, d’un retour à la nature et d’un abandon de soi et du soi. Il y a quelques scènes d’anthologie notamment une dans une grotte marine où la fuyarde s’abime en contemplation et en lâché prise à en perdre toute conscience de soi en tant qu’individu… au point d’abandonner son prénom. Prénom d’ailleurs que le lecteur n’aura jamais su : l’auteur joue ainsi de cette dépersonnalisation d’une part pour que celui-ci puisse plus aisément s’identifier au personnage, à ses actes, à ses besoins, et d‘autre part pour montrer que ce n’est pas l’individu qui prime mais ce qu’il est, qu’il se construit autour de sa nature profonde.

La fuite de l’héroïne n’est d’ailleurs pas dictée par une envie, qui pourrait alors facilement passer pour une lubie, mais bel et bien par un besoin : c’et fuir ou mourir, en quelque sorte.

Les éditions de la Contreallée, entre ce titre et « A mains nues », ont décidément le chic de bousculer ses lecteurs en les mettant face à des questionnements à la fois intimes et qui concernent la société contemporaine.