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Titre : Presqu’îles

Auteur : Yan Lespoux

Editeur : Agullo

Tous les médocains et toutes les médocaines…

Les Editions Agullo se lancent dans une nouvelle aventure : publier des nouvelles. Elles le font, qui plus est, avec des textes publiés par un auteur français. Yan Lespoux est connu dans le « petit » monde du polar pour son blog d’excellente tenue. C’est avec une immense joie que je vous annonce qu’en plus d’un blogueur de talent, Yan Lespoux se double d’un écrivain avec autant de talent. Ceci n’est qu’une preuve supplémentaire que pour pouvoir écrire, il faut avoir lu.

Venons-en au contenu de ces nouvelles. Elles se déroulent dans un décor : le Médoc. Elles ont pour cadre une région prise sous l’angle de la ruralité : les nouvelles ont un ton volontairement franchouillard, campagnard, parfois rustre. Mais elles constituent toutes des atolls de vie et respirent, par leur ambiance, leur caractère familial ou intime, la chaleur de l’humanité.

Les petites pastilles proposées par Yan Lespoux évoquent tout à la fois l’envie de partir et le besoin de reste dans ce Médoc parfois sclérosant mais tellement attachant. Sauf peut-être quand le médocain s’attaque au bordelais ou au parisien. On peut dire qu’ils prennent cher chez Yan Lespoux. Mais son discours ne parle pas d’identité qu’il conviendrait de défendre becs et ongles ; il est au contraire question d’appartenance, de communauté. Ces communautés sont chaque nouvelle prise individuellement, cette appartenance c’est le lien qui unit toutes ces presqu’îles.

On pourrait alors dire que ces îlots d’humanité sont comme des petits bonbons… agréables certes… mais férocement acidulés aussi. La plume de Yan Lespoux est trempée dans le vitriol, sans concession, et un peu dans le formol aussi : il y a du vécu, il y a des temps anciens, un peu passés mais tellement parlants qu’on ait la quarantaine provinciale ou simplement un peu de cœur, il y a du passé et du présent dans ces textes. On s’y sent bien, même si on est un peu parisien…

Alors forcément, comme dans tout recueil de nouvelles, il y en a qui touchent plus ou moins le lecteur en fonction de sa sensibilité, mais il n’y en a pas une seule à jeter. Certaines reprennent nécessairement des thèmes déjà rencontrés mais chacune est un petit caillou supplémentaire sur le chemin que Yan Lespoux nous fait emprunter.

La nouvelle « Le couteau » est peut-être celle qui a retenu le plus mon attention. Il y est question d’un grand-père qui offre, à son petit-fils de onze ans, un couteau. Il ne le fait pas n’importe quand : il lui donne son cadeau à l’occasion d’une veillée entre adultes de la génération du grand-père, autour d’un barbecue. A travers ce cadeau et par l’entremise des adultes qui entourent ce petit-fils, celui-ci est en quelque sorte intronisé dans le monde des adultes, à tout le moins reconnu comme un futur membre de cette confrérie. Et pourtant, ce petit garçon aujourd’hui devenu le narrateur adulte de cette histoire se souvient avoir pensé à l’époque qu’il avait « assez grandi pour cette nuit » et qu’il pouvait « se blottir encore un peu dans le confort de l’enfance ».

Quand je vous dis que Yan Lespoux, comme le dit d’ailleurs aussi Hervé Le-Corre dans la préface du recueil, est un écrivain, un vrai.