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Titre : Vampyria – Tome 1 – La cour des ténèbres

Auteur : Victor Dixen

Editeur : Robert Laffont

Sang pour sang accro

Imaginez qu’à sa mort, Louis XIV n’a pas cessé de régner. Imaginez qu’en 1715, dans la nuit du 1 au 2 septembre, le Roi Soleil se soit transmuté en vampire pour devenir le Roi des Ténèbres. Imaginez que son règne se perpétue toujours en l’an de grâce 2015, que son empire Vampyria s’étende sur une partie de l’Europe, plongée dans la terreur. Imaginez que les nobles se nourrissent du sang du people prélevé régulièrement pour assouvir leur faim. Imaginez que vous soyez soumis par un code simple qui s’articule autour du parcage (interdiction la journée de s’éloigner de chez soi de plus d’une lieue), du couvre-feu (interdiction la nuit de sortir de chez soi) et de la plus stricte obéissance à l’obligation faite à chacun de livre un dixième de son sang chaque mois.

Dans le plus grand des secrets, un groupe de Frondeurs tente de trouver un remède à la transmutation des vampires pour les éradiquer de la surface de la terre. La famille de Jeanne Froideval est décimée par une descente de police dans le laboratoire secret de ses parents. Seule rescapée, Jeanne usurpe l’identité d’une jeune noble, Diane, secrètement fiancée à son frère et qui meurt brutalement, se retrouve sous la protection du vampire qui a mené l’action contre sa famille, devient pupille du roi, suit l’enseignement réservé aux jeunes nobles humains aux Grandes Ecuries et fait tout pour obtenir le droit de faire partie de la garde rapprochée du roi, bénéficier du privilège de boire une goutte du sang royal et obtenir des grands pouvoirs… afin d’approcher assez du roi pour le tuer.

Ce premier tome retrace donc d’abord les évènements qui font de Jeanne une orpheline assoiffée de haine et de vengeance contre son étonnant protecteur et contre le roi avant de détailler la vie de Jeanne aux Grandes Ecuries. Elle y subit les brimades de ses petits camarades, y crée des liens amicaux voir sentimentaux, s’y fait des ennemis de manière irréversible, y croise la route des succès aussi bien que des échecs, y fomentent des complots et en déjoue d’autres, se frotte aux vampires, y gagne en force, en talents, en sagesse. Bref, elle y fait sa vie, en l’espace d’une courte année scolaire, jusqu’aux épreuves devant décider du garçon et de la fille méritant l’honneur de servir le roi et de recevoir les bienfaits de son sang.

Victor Dixen ne s’embarrasse pas trop de réflexions poussées sur la nature du pouvoir. Il s’intéresse beaucoup plus par contre à la question des classes, que la frontière en soit marquée par le sang, vampire ou humain, qui coule dans les veines des personnages ou par la hiérarchie dans la société, les vampires d’un coté, les humains de l’autre, et au sein des ces derniers, ceux qui veulent accéder au rang de vampire et ceux qui n’ont aucune chance d’y parvenir. Les luttes intestines n’épargnent pour autant aucune des castes, que ce soit celle des vampires ou celle des humains.

Et par-dessus tout, Victor Dixen n’a pas son pareil pour livrer un récit survitaminé où l’action est omniprésente. On ne s’embête vraiment jamais chez Victor Dixen, bien au contraire. Et non seulement Victor Dixen a-t-il un sens inné du rythme à imposer au lecteur, mais en plus couple-t-il ce talent avec celui de savoir toujours rebondir sur ses pattes, de toujours trouver une turpitude de plus dans laquelle plonger la pauvre Jeanne/Diane alors qu’on pensait qu’elle ne pouvait pas se mettre plus en danger que ce qu’elle avait déjà fait.

Pour finir, l’auteur ne tombe pas dans le piège d’une certaine facilité qui consisterait à faire de ses personnages des caricatures d’elles-mêmes : ceux-ci sont moins uniformes et moins lisses que l’opposition vampires/humains ou nobles/roturiers pourrait laisser craindre. Cela vaut pour Jeanne, comme pour les autres élèves des Grandes Ecuries ou pour les professeurs, pour les vampires (certaines d’entre eux) comme pour le roi.

Tout le monde se cache derrière des apparences trompeuses, des buts qui semblent communs peuvent cacher des objectifs diamétralement opposés, les chausse-trappes sont nombreuses, les trahisons aussi. Ne vous bardez pas de trop fortes certitudes avant de pénétrer dans cet univers, vous les perdriez de toute façon rapidement.

Victor Dixen crée un monde vampirique uchronique, plutôt destiné, soyons honnête, pour les jeunes amateurs du genre, qu’il pourra étoffer dans la suite des aventures de Jeanne pour le plus grand bonheur des ados qui ne manqueront pas d’être accro à cette histoire. A titre personnel, j’ai beau ne plus être ado depuis quelques années (la pudeur et la discrétion m’interdisent ici d’évoquer les 250 ans qui m’en séparent) je n’aurai que trois mots : VIVEMENT LA SUITE !