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Titre : Black manoo

Auteur : Gauz

Editeur : Le Nouvel Attila

Black power

Le point de départ est assez simple : un ivoirien débarque à Paris, se rend à Belleville. La suite est beaucoup plus sinueuse et pour autant tout à fait brillante.

Le personnage de Gauz est un solitaire solidaire. Il vit dans des squats, doit se débrouiller un peu tout seul mais peut compter sur quelques soutiens (qu’il rendra en temps voulu), parvient à fonder un magasin dont l’arrière boutique abrite une Afrique secrète et illégale.

Cette Afrique qu’il dépeint est une contrée à deux vitesses qui sait marquer ses différences et ses animosités entre les peuples et les pays qui la composent mais qui sait aussi s’unir face au suprématisme blanc.

Dans son roman, Gauz rejoue à l’échelle de l’intime et de l’individu (principalement au niveau de son personnage principal mais aussi dans des cadres légèrement plus importants mais toujours limités en nombre) ce qui se joue à une échelle mondiale, voire universelle, entre blancs et noirs.

Je dis roman parce que c’est évidemment une œuvre de fiction, et les protagonistes, s’ils sont le reflet de figures bien réelles et tangibles, n’existent que dans l’esprit de l’auteur. Pour autant, Gauz use et abuse d’une répétition littéraire dans la bouche de ses personnages : « La rumeur dit… La rumeur est con ». A travers ce leitmotiv, Gauz veut rétablir la vérité, montrer la réalité : cette fiction ne l’est donc pas tant que cela et s’y applique une sorte de principe de réalisme magique ; réalisme en ce que le texte se veut au plus proche d’une vérité tordant le coup aux a priori, magique en ce qu’il est servi par une structure, une langue, un style aussi loufoque que poétique. Gauz emprunte sa propre voix et sa propre voie !

Son récit est profondément humain et fait preuve d’une réelle empathie pour ses personnages. Il se sent proche d’eux et, à travers son récit, nous aussi… On n’ira pas jusqu’à s’identifier à eux, ce n’est pas l’objet. Mais on touchera du doigt la situation, miséreuse mais, sous la plume de Gauz, jamais misérabiliste, de ces déracinés volontaires (il n’est pas ici question de migrants fuyants un pays en guerre civile).

Même dans le malheur, les personnages de Gauz font preuve d’une résilience, d’une envie de vivre communicatives et pratiquement tous terrains. Seule la mort parvient à entamer la carapace d’amour et de bienveillance qu’ils ont construit patiemment autour d’eux. Un dernier petit mot sur Le Nouvel Attila qui symbolise très bien à mes yeux ce qu’est un éditeur engagé, peut-être parfois jusqu’à l’excès, mais constant dans ses combats littéraires et sociaux. Jusqu’au-boutistes mais fidèles, intransigeants aussi un peu, poétiques et inventifs (ou loufoques à leurs heures : je garde en mémoire la manière de présenter sa précédente rentrée littéraire par l’éditeur… son happening autour d’ « Adelphe » avait été particulièrement réussie), humanistes, on peut dire qu’éditeur et auteur se sont bien trouvés.