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Titre : La solitude d’une goutte de pluie

Auteur : Fabien Muller

Editeur : L’Âge d’Homme

Le cœur a ses raisons que la pluie ignore

Benoît et Myriam se rencontrent par mails interposés, par erreur. Benoît reçoit en effet un message de Myriam qui ne lui était pas destiné. Elle, elle a une fille, Emma, et puis c’est tout. Lui, il est directeur marketing à succès mais en plein mal-être, en plein désarroi, en plein questionnement sur ses aventure amoureuses à peu près aussi ratées que sa vie professionnelle lui apparaît vide de sens.

Tout au long de ce récit bourré d’humour et de dérision, Fabien Muller bouscule Benoît sans cesse entre ses propres contradictions d’homme moderne qui en arrive à détester sa propre modernité qui prend la forme d’une sorte de solitude mentale et émotionnelle. Il ne se sent jamais aussi seul que quand il est au milieu de ses collègues, un peu comme une goutte de pluie au milieu de ses sœurs…

Myriam reste un personnage un peu plus mystérieux. Mère célibataire, elle hésite face à cet homme qui fait irruption dans sa vie. Emma voit celle-ci d’un autre œil. Franche, directe, elle prend les choses en main pour s’immiscer dans les échanges entre Benoît et sa mère et favoriser leur rencontre.

Fabien Muller joue avec les émotions et les sentiments de ses personnages, leurs caractères de moins en moins trempés et de plus en plus malléables. Il joue aussi avec son lecteur qu’il investit du drôle de rôle de témoin… et de juge de ces personnages.

Fabien Muller endosse son rôle de démiurge jusqu’au bout. Il manipule ses marionnettes avec passion, avec candeur parfois, avec surprise alors que c’est lui qu’il tire les ficelles, comme s’il en perdait parfois le contrôle. Ce qui finit par arriver. C’est en effet quand le personnage de Benoît, à la toute fin du récit, parvient à s’affranchir du poids de son caractère, lié au métier que lui impose l’auteur (celui-ci appuie sur les clichés, rendant son personnage un eu caricatural de lui-même), qu’il devient enfin lui-même, qu’il sort de son rôle de marionnette, qu’il défie l’écrivain, son créateur, pour mener une vie libérée des chaînes imaginées par Fabien Muller.

On s’attache bien vite à ses personnages parfois empruntés, maladroits, mal dans leur peau, indécis, mais tournés vers l’avenir malgré tout. Le style enlevé de l’auteur fait passer tout cela dans une ambiance légère et détendue tout en conservant un fond intéressant sur la situation psychologique de quadras en recherche de sens.

La goutte de pluie semble donc bien seule pendant toute la durée de sa chute… mais elle retrouve ses camarades, et donc une vie sociale ou une vie amoureuse, en tout cas en prise avec ses semblables, à l’arrivée. Ainsi en va-t­-il de Myriam et de Benoît.