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Titre : La ville des impasses

Auteur : Aymen Gharbi

Editeur : Asphalte

Impasses, pair et manque

Xoxox. Ce palindrome est le nom d’une ville, imaginée par l’architecte Gravimal dont chaque rue n’est qu’une impasse menant à une esplanade centrale où trône la demeure de l’architecte. Un palindrome et des impasses… Ces deux concepts résument à eux seuls le récit, enthousiasmant, d’Aymen Gharbi. On ne sait par quel bout le prendre et on ne sait pas si on pourra en sortir, mais on apprécie de se faire balader par l’inventivité fertile de l’auteur, architecte de son propre livre… la boucle est bouclée entre le démiurge écrivain et le démiurge personnage, tous deux architectes de leurs œuvres.

Gravimal est confronté à deux dangers : d’un côté Paoletta, tueuse à gage chargée de liquider l’architecte et qui se retrouve embarquée dans une lutte qui n’est pas la sienne et qu’elle ne comprend pas, et de l’autre la caste des Démolisseurs qui veulent renverser Gravimal pour libérer la ville de ses impasses.

« La ville des impasses » est dont métaphorique et ce à plus d’un titre. Je ne reviens pas sur la mise en abyme entre l’écrivain et l’architecte, le premier écrivant un livre menant son lecteur dans des impasses et le second dessinant une ville qui ne mène nulle part. Aymen Gharbi pousse le vice jusqu’à questionner l’acte créatif lui-même, le sien aussi bien que celui de Gravimal, en le provoquant par la confrontation avec Deslauriers, simple touriste, qui n’hésite pas à balancer qu’il « aime bien bousculer les artistes […] Ceux qui se soucient plus de leur discours conceptuel que de la commodité des œuvres auxquelles ils se consacrent ».

Xoxox est ensuite une cité qui porte en elle les germes de sa propre déchéance : incapable d’évoluer, elle est vouée à la décrépitude. L’action des Démolisseurs ne sera qu’un accélérateur du processus interne de la sclérose qui envahit la ville.

Le récit d’Aymen Gharbi est excessivement dense et ramassé sur à peine plus de 120 pages. Il est pourtant riche, peut-être un peu trop par moment d’où un côté fourre-tout propre à perdre le lecteur, l’auteur se devant alors de faire des choix draconiens : certains points de vue ou pans du récit ne sont pas assez développés quand d’autres le sont plus, quelques uns finissent en culs-de-sac.

Pour autant, le roman recèle de vraies idées, profondes qui touchent tout à la fois aux ambitions de chacun (ici celles de Gravimal – et je vous laisse d’ailleurs jouer avec toutes les possibilités offertes par ce nom – mais elles ne sont pas sans renvoyer au double jeu pervers de toute personne se présentant comme un bon samaritain altruiste quand il ne cherche que le pouvoir), aux luttes inévitables induites par la présence d’un pouvoir au caractère démiurgique. Les questionnements auxquels Paoletta se soumet d’elle-même ne sont rien d’autres que ceux auxquels le récit invite le lecteur à se confronter.