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Titre : Le voleur de plumes

Auteur : Kirk Wallace Johnson

Traduction : Doug Headline

Editeur : Marchialy

Voler dans les plumes du voleur de plumes

Les éditions Marchialy n’ont pas leur pareil pour dégotter des récits atypiques. Toujours aux confins du reportage et du récit, les livres publiés par ces éditions des romans de destins étonnants, d’expériences particulières, de vies chamboulées et celui-ci ne fait pas exception à la règle.

Tout part d’un fait divers : le vol dans un musée d’histoire naturelle de 299 oiseaux naturalisés. Qui ? Pourquoi ? Pour quoi ? sont autant de questions auxquelles Kirk Wallace Johnson va essayer de répondre.

Avant de mener son enquête sur le vol en lui-même, Kirk Wallace Johnson commence par s’intéresser d’une part à l’origine de ces oiseaux et d’autre part à l’histoire et à l’importance des plumes de ces oiseaux rares.

Les oiseaux qui ont fait l’objet du vol ont été principalement rapporté par la naturaliste Wallace et sont exposés au musée d’histoire naturelle de Tring. La première partie du récit explore donc la vie de ce naturaliste, son rapport avec le musée, ses expéditions. Elle aborde aussi la place des plumes d’oiseaux dans la société : d’abord sous l’angle des chapeaux féminins ornés de ces plumes et ensuite sous celui, plus inattendu, des mouches pour la pèche.

C’est là, dans ce qui peut largement être considéré comme un art à part entière, que réside le lien avec le vol. Edwin, le voleur, poussé par le besoin quasi physique de produire les plus belles mouches avec les plus belles et les plus rares plumes, a perpétré son crime autant pour satisfaire son besoin personnel d’assouvir ses aspirations artistiques que pour revendre certaines plumes et se faire de l’argent facile.

L’art subtil de la mouche l’a pris tout petit et il n’a jamais pu se défaire de cette passion. Le monde des artisans des mouches est un petit monde, fermé. C’est pourtant celui dans lequel Kirk Wallace Johnson s’est immiscé pour mener son enquête.

Après avoir contextualisé son récit, historiquement, et avoir mis son récit en perspectives, après avoir exploré le vol en lui-même, l’auteur passe la vitesse supérieure en s’intéressant à la partie de l’affaire non résolue : l’ensemble des 299 oiseaux n’a jamais été retrouvé.

Si dans les deux premières parties l’auteur reste en retrait dans la narration, il s’implique beaucoup plus directement et personnellement dans cette troisième partie. Les deux premiers tiers du récit ne dévoilent pas la patte de l’auteur, on ne voit pas l’enquête et le résultat relève plus du roman que de l’enquête journalistique. Quand il en vient à s’investir pour tenter de retrouver la trace des oiseaux disparus, quand il interviewe Edwin, le voleur, ou tous les membres du cercle fermé des créateurs de mouches, le récit prend une tournure plus journalistique.

Le résultat est sommes toutes très équilibré entre les différentes parties du récit. Qu’il reste en retrait ou se mette en avant, Kirk Wallace Johnson est passionnant. Il parvient à intéresser le lecteur à un sujet qui pourrait lui sembler très étranger, trsè extérieur. Son histoire va largement au-delà de la simple création de mouches. Celle-ci possède un lien très direct et puissant avec le naturalisme, un lien parfois perverti par le besoin des créateurs de mouches pour des plumes chatoyantes, certes, mais un lien artistique : par les addictions qu’elle provoque, cette passion fascine et ensorcèle le lecteur.

Kirk Wallace Johnson rend parfaitement compte de cette folie qui s’empare des créateurs de mouches. Cette folie pousse les monteurs de mouches auxquels elle s’attaque à commettre parfois l’irréparable, parfois l’illégal. L’auteur démontre à quel point la frontière est ténue entre la recherche d’un absolu artistique, le dépassement de soi, et le franchissement de la ligne blanche.

Encore une belle découverte au sein du giron Marchialy.