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Titre : L’Enigmaire

Auteur : Pierre Cendors

Editeur : Quidam

Enigmairatique

Un cratère météoritique, un lieu « Boizéro » : une destruction.

Un culte chtonien, une église : des religions et des croyances.

« L’action » se déroule dans le nord de la France, à Orze, village bombardé en 1916, intégralement détruit et zone interdite où des fouilles révèlent une activité géomagnétique anormale.

La nature est au centre de ce roman tout à fait étonnant qui joue avec les temporalités, jonglant entre le passé, avec des cultes et des rites mystérieux, le présent, avec la question du transhumanisme et le départ dans l’espace de l’espèce humaine, et le futur, où les spaciens reviennent hanter une terre pour laquelle ils ne sont plus faits.

Cette nature est tout à la fois le lieu des mystères du vivant, d’une part parce que le vivant ne peut se dissocier de la nature (et le fait qu’Asensio, un homme né dans l’espace, décide de revenir sur Terre n’a rien d’innocent) et d’autre part parce que la zone rouge d’Orze est le réceptacle de l’énigmaire, sorte de testament biblique de l’humain, aussi bien que celui d’un retour aux sources.

Orze est ainsi le symbole du lieu de l’origine, le lieu zéro dont il est l’anagramme. S’y croisent les vies, sans qu’elles s’y télescopent, d’Asensio, spacien, surnommé Little Nemo du simple fait qu’il est né le même jour que le personnage de Winsor McCay mais à qui ce surnom convient parfaitement pour les innombrables questions, pour la plupart sans réponse, qu’il se pose, de Sylvia Pan, dont le dieu éponyme n’est pas loin, et Adna Szor, musicienne endeuillée qui cherche un apaisement improbable.

Rendre compte de ce que représente la lecture de cet « Enigmaire » est particulièrement complexe. Ce livre, onirique par bien des aspects, ne permet pas vraiment d’énoncer clairement ce qui se conçoit pourtant bien. Et je m’en veux sincèrement de ne pas rendre hommage à la richesse du récit de Pierre Cendors qui surprend, étonne, dérange avant d’emporter son lecteur avec lui. Il le fait sans lui prendre la main, ce n’est pas nécessaire : le lecteur suit docilement, captivé, fasciné par ce qui sous-tend la narration.

Le roman est volontairement fragmentaire entre les récits des différents protagonistes et celui de l’énigmaire qui semble provoquer la relation étrange de la narration avec une temporalité spongieuse et facétieuse.

Vous l’aurez compris, « L’énigmaire » n’est pas un roman dont on parle mais qui se ressent, intimement. Pierre Cendors invite le lecteur à croire au vivant. Je vous invite à croire en son livre.