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Titre :Anne de Green GablesAnne d’Avonlea
Auteur :Lucy Maud MontgomeryLucy Maud Montgomery
Traduction :Hélène CharrierIsabelle Gadoin
Editeur :Toussaint LaventureToussaint Laventure

Saga Avonlea, ambiance de la rousse

Lucy Maud Montgomery est une auteur d’autres siècles (née au XIX° siècle, elle publie le premier roman de la série d’Anne au début du XX° siècle) et pourtant, elle semble pouvoir s’adresser aux enfants et adolescents de tous les temps… La saga concernant Anne recouvre une dizaine de livres publiés entre 1908 et 1939. « Anne de Green Gables » et « Anne d’Avonlea » sont les deux premiers tomes, réédités depuis 2020 par Toussaint Laventure à l’attention d’un jeune public mais qui pourront également ravir un public plus adulte. Grâces soient rendues à Lucy Maud Montgomery et à l’éditeur (ainsi qu’à ses traductrices) pour ces heureuses republications.

Venons-en tout de même aux livres en eux-mêmes…

Dans le premier volume, Anne, orpheline, débarque à Avonlea sur l’Île-du-Prince-Edouard, chez des parents adoptifs (un frère et une sœur, Matthew et Marilla Cuthbert) qui pensaient adopter un garçon qui pourrait les aider à la ferme… A la place, c’est une petite tornade rousse qui arrive dans leur train train quotidien pour mieux illuminer de sa spontanéité leurs journées tranquilles.

Anne Shirley est une jeune fille fraîche, franche, spontanée, maladroite, rêveuse et bourrée d’imagination mais profondément honnête. Cela crée un cocktail détonnant d’autant plus qu’elle arrive dans une société canadienne du début du XX° siècle empreinte de puritanisme, vieillissante, surannée, engoncée et ampoulée. Son honnêteté à tout épreuve provoquera des ravages, pour le meilleur qui surviendra souvent après le pire, Anne ne cessant de donner des coups de pieds dans la fourmilière de la bonne société avonleaise.

Rêveuse fantasque et insouciante, du haut de sa petite dizaine d’années quand elle arrive à Avonlea, Anne va devoir apprivoiser tout à la fois son nouvel environnement (la propriété de Green Gables où elle habite), ses nouveaux « parents » aux caractères très différents (la sœur est pleine de principes éducatifs comme tout parent qui se respecte et qui, comme tout parent normalement constitué, finit par en abandonner un grand nombre ; le frère est plus « souple », tombé sous le charme du petit tourbillon qui a envahi leurs vies), ses nouveaux amis avec lesquels les relations ne seront pas toujours aisées…

Au sujet des amis, Anne Shirley, de par sa nature pleine et entière, est aussi prompte à détester un garçon dès le premier jour et à refuser de faire le premier pas vers ce qui pourrait être à terme une relation plus forte, qu’à voir en telle ou telle personne une « amie de cœur » comme elle les appelle. Avec Anne Shirley c’est très vite la règle du « tout ou rien ».

Son parcours initiatique est jalonné d’expériences où sa maladresse mêlée à son honnêteté feront des ravages mais qui se terminent toujours bien pour Anne ou pour les personnages impliqués dans ses aventures et qui sont toujours une source d’amusement pour le lecteur.

S’il y a indéniablement un côté « Les malheurs de Sophie » dans ce premier tome, Anne ne possède pas l’effronterie ou la malignité d’une Sophie. Anne fait des bêtises mais ce n’est jamais volontairement.

« Anne de Green Gables » couvre les six premières années d’Anne dans son nouvel environnement. Lucy Maud Montgomery fait grandir Anne à travers les expériences qu’elle traverse, toujours enrichissantes. Anne, grâce à son imagination sans borne, se révèle être une élève douée promise à un bel avenir. Le propos de ce premier récit est d’une part de véritablement ancrer Anne dans une vie riche construite à partir d’une enfance initiatique et d’autre part de créer une relation intime entre le lecteur et cette aventurière indécrottable à travers des thèmes qui restent d’actualité plus de 100 ans après.

Anne résume elle-même ses six années passées à apprendre et grandir : « Depuis mon arrivée à Green Galbes, je n’ai pas arrêté de faire des erreurs, et chacun d’elles m’a aidée à me soigner d’un grand défaut. L’affaire de la broche m’a guérie de ma tendance à toucher les affaires des autres. Celle du Bois hanté m’a guérie de mon imagination débridée. Le gâteau pour Mme Allan m’a guérie de mon étourderie en cuisine. Me teindre les cheveux m’a guérie de ma vanité ». Il reste encore bien des choses à apprendre à Anne à l’issue des ces six premières années. C’est l’objet du récit de la suite de ses aventures.

Devenue presque adulte, Anne, 16 ans et demi au début de « Anne d’Avonlea », est la nouvelle maîtresse de l’école du village. Si le premier tome couvrait six années de la vie d’Anne, ce deuxième récit s’attarde sur les deux années qui feront d’Anne une adulte à part entière de la communauté d’Avonlea jusqu’à son départ pour l’université.

Les titres des deux premiers romans de la série (Anne de Green Gables puis Anne d’Avonlea) sont assez bien trouvés par l‘auteur : le premier, roman de l’éducation d’Anne au sein de la famille Cuthbert, se concentre donc sur Green Gables, la propriété des parents adoptifs tandis que le deuxième permet à Anne de s’ouvrir un peu plus sur le village dont elle va occuper une place centrale, à la fois maîtresse et « leader » d’un groupe qui prend en charge l’embellissement du village.

Si Anne a grandi, et malgré ce qu’elle pense d’elle-même, elle n’a pas encore totalement effacé l’enfant qu’elle était. Elle reste rêveuse, imaginative – imagination qui vire parfois à l’utopisme –, spontanée et gaffeuse, impulsive et empreinte d’une confiance dans la nature humaine quasiment inébranlable. Cet optimisme dont elle ne se départit jamais fait qu’elle est toujours tournée vers les autres et que sa foi, en elle, dans les autres, dans ses amis ou ses connaissances, est capable de déplacer des montagnes et de gagner à ses idées les personnes les plus acariâtres ou refermées sur elles.

Dans le monde d’Anne dépeint par Lucy Maud Montgomery, les bonnes actions et les bonnes intentions sont toujours récompensées. Alors oui, c’est peut-être parfois un peu suranné ou daté, plein de bons sentiments, mais c’est véritablement très agréable à lire.

La vie d’Anne est rythmée par son rôle d’institutrice, par l’arrivée chez Marilla de deux deux jumeaux, orphelins eux aussi, Davy et Dora, aux caractères totalement opposés, l’un étant aussi exubérant et facétieux que l’autre est réservée et discrète, par des histoires de mariage, de retrouvailles et de séparations… « Anne d’Avonlea » marque indéniablement la fin de l’adolescence d’Anne et sa prochaine entrée dans sa vie de femme.

Espérons toutefois qu’elle ne perdra jamais complètement les traits de caractère de sa personnalité qui en font un personnage hautement attachant et parmi lesquels l’imagination et la capacité à s’émouvoir des histoires et des êtres humains ne sont pas des moindres : « Je trouve toujours triste de voir une maison abandonnée, dit Anne d’un ton rêveur. J’ai l’impression qu’elle pense à son passé et pleure au souvenir des bonheurs disparus. Marilla dit que cet endroit a vu grandit une famille nombreuse, il y a longtemps, et que c’était un lieu vraiment charmant, avec un beau jardin, des murs couverts de roses, et plein de petits enfants, de rires et de chants. Mais maintenant tout est vide, et il n’y a plus que le vent qui y court. Qu’elle doit se sentir seule et triste ! Peut-être que les nuits de pleine lune, ils y reviennent tous, les fantômes des enfants d’autrefois, les roses et les chansons… Et pendant un court moment, la maison peut alors rêver qu’elle est à nouveau jeune et joyeuse. »

Je ne peux que vous conseiller, et conseiller à vos enfants, de vous plonger, et de les plonger, dans ces magnifiques histoires qui ne sont pas prêtes de s’arrêter !