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Titre : Ca restera comme une lumière

Auteur : Sébastien Vidal

Editeur : Le Mot et le Reste

La lumière est au bout du tunnel

Après avoir tâté du roman policier « classique » (crimes, enquêtes, personnage central du policier autour d’une équipe), Sébastien Vidal livre un roman noir où il est question d’hommes et des relations qui les relient, pour le meilleur et surtout pour le pire.

Prenez deux premiers hommes, Henri et Josselin, entre lesquels s’installe une relation d’amitié, par delà les générations, qui fait presque office de relation père/fils avec sa part de transmission et de valeurs (même s’ils ont déjà beaucoup en commun) et de savoirs.

Mettez en face d’Henri un « ennemi tutélaire » dont les motifs de haine entre les deux se perdent dans le passé et qui offre l’occasion à Josselin de se lier encore plus à Henri, ferronnier-forgeron passionné et un peu ermite. Cet ennemi, Charles, animé d’une farouche volonté de vengeance envers Henri, est le puissant grand patron d’entreprise local, celui qui fait la pluie et le beau temps aussi bien économiquement que politiquement, qui a la gendarmerie dans sa poche et n’envisage même pas la possibilité que quelqu’un lui dise non. Quelqu’un comme Henri.

Faites de Josselin un homme qui a perdu pas mal de ses repères, au passé de militaire au Mali qui s’est pris la mort et les blessures en pleine face. Adjoignez-lui Martin, un ami de Josselin qu’il s’était fait à l’occasion d’un été passé dans la région des années plus tôt, et dont le passé n’est pas exempt de troubles et de culpabilité.

Créez un autre lien entre Henri et Josselin en mêlant à cette histoire la fille d’Henri, Emma, enceinte – le père est inconnu et gardé secret –, qui reproche à son père la mort accidentelle de sa mère.

Tant qu’à parler filiation, accolez à Charles, à qui tout semble pourtant réussir, un fils alcoolique, perpétuant en cela une famille dont les maillons de la chaîne s’affaiblissent de génération en génération. Le père de Charles était puissant mais bienveillant et généreux quand Charles n’a conservé que la condescendance et le sentiment de supériorité offerts par sa position dominante et quand le petit-fils dilapide ce qu’il reste de la fortune familiale dans les abus de tout genre, voitures, alcools, filles…

Mélangez tout cela dans une ambiance « David contre Goliath » et vous aurez de quoi faire un récit fort, social, noir… encore faut-il y adjoindre un style à tout épreuve. C’est ce que parvient donc à faire ici Sébastien Vidal. Ce roman, en alternant les récits du point de vue de Josselin et d’Henri, d’Emma, de Charles, en intégrant des passages du journal intime de Josselin qui y évoque les souvenirs de la guerre au Mali, évite une linéarité qui pourrait être ennuyeuse.

Aux moments de douceur entre Henri et Josselin succèdent des séquences de violence nourrie par la haine et la rancœur de Charles. Le récit s’accélère aux 2/3 du livre et le lecteur sent bien que tout cela ne peut pas bien se terminer, qu’en tout cas il y aura forcément de la brutalité et de la douleur avant sa conclusion.

Mais il y a aussi de beaux moments de douceur, de complicité, d’amitié et d’amours entre certains protagonistes. Sébastien Vidal raconte des vies brisées (Henri qui a perdu sa femme, Emma qui est enceinte et pleure encore la mort de sa mère, Josselin qui a été cassé par sa vie militaire et qui se cherche une place, Martin que la culpabilité de crimes passés ronge ardemment, Charles dévoré par la haine, la vengeance et la soif de pouvoir…) et s’interroge sur les possibilités pour chacun de se reconstruire, de trouver une forme de rédemption ou de résilience en insistant sur le fait que le lien humain, dont Charles et son fils sont cruellement privés d’ailleurs, est le seul qui puisse transformer ces opportunités en succès.