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Titre : Le cercle des rêveurs éveillés

Auteur : Olivier Barde-Cabuçon

Editeur : Gallimard – Série Noire

Le rêveur doit se réveiller… et l‘enquêteur enquêter

Olivier Barde-Cabuçon est plutôt connu pour sa série mettant en scène le « commissaire aux morts étranges » au temps de Louis XV et parue chez Actes Sud. J’en ai quelques un dans ma bibliothèque que je n’ai pas encore eu le temps de lire. Ce roman, qui se déroule dans le Paris de l’après guerre, dans le Montparnasse des années 20 (plutôt seconde moitié des années 20), met en scène le psychanalyste Santaroga dont un patient, proche des milieux fascistes de l’époque, vient d’être retrouvé mort sans que l’on sache bien déterminer s’il s’est suicidé ou s’il a été assassiné.

Autres temps, autres milieux, mais Olivier Barde-Cabuçon semble toujours attiré par le même type d’histoire.

Dans cette enquête menée tambour battant par Santaroga, on croise une russe blanche en fuite, Varya, un poète surréaliste, un partisan fasciste, une femme journaliste et pugnace, un canadien aventurier et belle-gueule en goguette à Paris, une peintre homosexuelle, Tamara de Lempicka, la femme d’un profasciste… En plongeant ses personnages dans un milieu bohème, artiste, surréaliste, l’auteur s’offre toutes les libertés. Il aurait tort de s’en priver mais il s’évite l’écueil consistant à vouloir en faire trop. L’étrange n’est présent que pour nimber l’histoire d’une aura de mystère et de surnaturel pour le moins pimentant le récit et la vie des personnages.

En y incorporant une bonne dose de contexte historique et politique, avec la montée des fascismes et les conséquences de la révolution russe, Olivier Barde-Cabuçon donne un peu de corps à une histoire qui pourrait ne parler que de fantôme, de manipulation psychique à coup de drogues et de tentations sensuelles.

Le tout fonctionne admirablement bien et l’auteur fait preuve d’une parfaite maîtrise de ses thèmes et de leur structuration entre eux.

Ajoutez à cela que chaque personnage est très janusien. Aucun n’est que ce qu’il laisse paraître, que ce soit de sa personnalité, de ses opinions… Santaroga est le premier des protagonistes à double personnalité et celui dont la face cachée s’exprime le plus dans les pages du livre. Les autres sont plus en retenue mais Santaroga, même s’il tente de maîtriser son double psychologique à longueur de pages, son inconscient en fait, est le seul dont on perçoit à la fois la dangerosité de son subconscient, qu’il appelle le loup, et tout son potentiel.

Chez Olivier Barde-Cabuçon, il faut essayer de voir de l’autre côté du miroir. Les nombreuses références à Alice au Pays des Merveilles n’a donc rien de fortuit. Au contraire. La figure du maître de cérémonie des réunions du cercle n’est autre que celle du Lapin Blanc. En plongeant ses adeptes dans une sorte de rêve éveillé, il tente de les faire accéder à une nouvelle forme de conscience tout en les manipulant, les orientant.

On ne joue donc pas ici au jeu du chat et de la souris mais du loup et du lapin blanc !

Le dénouement du roman d’Olivier Barde-Cabuçon est un peu construit comme les dénouements de certains récits d’Agatha Christie : les histoires des personnages et les différentes couches narratives du livre s’imbriquent les unes dans les autres comme des poupées russes, les biens nommées ici, et Santaroga y confronte les différents protagonistes dans un final destiné à nous livrer l’identité du coupable.

Non, vous ne rêvez pas, c’est un excellent polar mêlant histoire et surréalisme.