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Titre : A fleur de chair

Auteur : Chloé Saffy

Editeur : La Musardine

Corps à corps charnels

Que voilà un récit intrigant et exigeant. Intrigant parce qu’il me confrontait à une lecture inhabituelle pour moi : un livre pornographique. Peut-on attendre d’un livre aussi typé autre chose que la catégorie dans laquelle il se classe de lui-même ? Quelle réaction pouvait-il bien provoquer chez moi ?

Il est aussi exigeant parce que son thème central tourne autour d’une relation BDSM entre Iris, une soumise et Antoine, son maître, par ailleurs marié avec Delphine avec qui il forme un couple on ne peut plus classique et bourgeois. Le récit de Chloé Saffy tente de répondre à une question primordiale pour Delphine : qui est donc son mari et que recherche-t-il dans son autre vie ? Pourquoi cloisonne-t-il ainsi sa vie et sa personnalité : d’un côté une vie bien rangée et de l’autre une relation basée sur la domination et la soumission ?

Le récit de Chloé Saffy est d’abord, soyons honnête, un récit pornographique BDSM qui ne ménage ni les lecteurs ni les personnages ! Chloé Saffy ne fait l’économie d’aucun détail, d’aucune situation de domination, ne tait aucun des plaisirs pris par Iris et Antoine dans leur relation. Ce duo repousse ses limites à chaque rencontre, s’épanouit dans leurs jeux pornographiques. S’ils y mêlent du plaisir et de la passion, ils essaient de n’y mettre que cela, sans y adjoindre d’amour. Tentative vaine et vouée à l’échec.

Mais cela, Delphine ne peut ni le savoir ni le comprendre. Ce monde BDSM ne fait pas partie de son cadre, ni intellectuel, ni émotionnel, ni relationnel. Cela n’existe tout simplement dans son « monde ». Chloé Saffy se lance alors, en parallèle du premier récit des jeux sexuels entre Iris en Antoine (à travers les lectures que fait Delphine des textes écrits par Iris et qu’elle trouve dans les affaires d’Antoine), dans celui de la quête intime de Delphine pour tenter de comprendre son mari. Comprendre son mari ne suffit pas à Delphine. Elle veut aller plus loin, la rencontre avec Iris est inévitable. Même si elle ne se l’avoue pas, Iris est pour Delphine une sorte de double « démonique » : à travers elle, elle voudrait bien savoir si elle pourrait elle aussi pratiquer le BDSM. Chloé Saffy ne donne pas cette réponse.

Si le récit n’a rien d’exhibitionniste, où cela laisse-t-il Delphine ? Et le lecteur ? Est-elle et sommes-nous des voyeurs impudiques ? Où cela place-t-il Chloé Saffy ? A chacun de se faire une opinion, aussi bien sur la part pornographique du roman que de la quête de Delphine. De mon côté, la partie BDSM, ne faisant pas non plus partie de mon univers, m’a, je l’avoue, perturbée. Pour le reste, l’histoire de Chloé Saffy offre une vraie réflexion sur le couple, le désir et l’amour. Et me conforte dans la vision que j’ai de ceux-ci.

Et ce livre prouve une fois de plus que de mettre les livres dans des cases, ce n’est pas nécessairement faux, mais c’est forcément réducteur.