Étiquettes

, , , , , , , , , ,

Titre : Remparts

Auteur : Mathilde Férey

Editeur : Anne Carrière

A faire trembler les murs d’Emengard

Rien n’est plus simple que de prendre un personnage féminin et un autre masculin et, pour pimenter l’histoire, de lier leurs destins alors que leurs milieu sociaux ne les rend normalement pas compatibles. Rien n’est plus compliqué (ou casse-gueule) que de faire de cette histoire un récit se déroulant au Moyen-Âge et de parvenir à la rendre aussi historiquement prenante que contemporaine dans certains thèmes abordés !

Prenez donc d’un côté Héloïse, fille de Guillaume, Seigneur d’Emengard. Prenez de l’autre Adalbain, fils de bâtard, pris en charge par Guillaume, après la traîtrise dont son père à faut preuve. Entraîné, adoubé, Adalbain est malgré tout promis à une carrière de preux chevalier mais moins d’Héloïse, promise à un mariage de raison organisé par son père.

Rajoutez à cela un vassal par qui arrivera le malheur et vous aurez un cocktail détonnant pour servir de base à votre récit.

Sans en faire un roman essentiellement féministe, Héloïse n’en est pas moins un caractère féminin fort, déterminé et qui a plutôt tendance à prendre sa vie et son destin en main que de laisser son pères ou les hommes de son entourage lui dicter sa conduite. Esprit rebelle certes, mais respectueuse de certaines traditions ou valeurs moyenâgeuses, Héloïse est une jeune femme ouverte aux autres, quelles que soient leurs origines, des plus nobles aux plus humbles, avec une préférence pour les derniers nommés. Il n’y a pas de barrières ou de frontières infranchissables pour elle, aucune en tout cas qui puisse justifier d’abandonner quelqu’un.

Dans son histoire, Mathilde Férey convoque la destinée de ses personnages, la traîtrise de certains, leur veulerie ou leur duplicité, l’envie et la jalousie qu’ils ressentent, le courage ou la puissance dont ils font preuve, leur lâcheté et leurs faiblesses… Mais par-dessus tout, Mathilde Férey démontre, brillamment qui plus est, que chaque être humain est capable du meilleur et des plus grandes prouesses mais que tout est vain si ce qui dirige cette personne est basé sur l’orgueil. Celui d’être justement prédestiné à réaliser de grandes choses, celui d’être né meilleur socialement que les autres, celui qui confère à son hôte le sentiment que sa situation lui est due et qu’il n’a même pas à se baisser pour la ramasser.

Les remparts à abattre ne sont pas seulement ceux des châteaux forts. Ils ne sont d’ailleurs pas grand-chose face à la tricherie, la trahison et les manipulations. Ce sont aussi ceux que la société érige entre les êtres humains en fonction de leurs origines, de leurs fortunes, de leurs rangs. Ce sont également ceux contre lesquels le sens moral de chacun les pousse à s’élever pour passer outre ces barrières. Ce sont les fantômes intimes que porte chaque personnage qui sont autant de freins ou de motivations potentiels.

On peut se laisser emporter par la part aventureuse et moyenâgeuse du roman. On peut se laisser prendre par tous les messages qui sous-tendent le récit et que les personnages de Mathilde Férey portent admirablement en eux. On peut aussi embrasser les deux points de vue et dire que ce roman va au-delà de ce que le « produit » semble pouvoir offrir. Et ne soyez pas rebutés par la taille du « produit », il se lit comme du petit lait.