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Titre : Harvey

Auteur : Emma Cline

Traduction : Jean Esch

Editeur : La Petite Vermillon

La pèche au gros… porc

Harvey est un homme (si tant est qu’on puisse le qualifier d’être humain) qui attend la décision des juges dans son procès pour harcèlement. Dans l’intervalle, il squatte la maison d’un ami. Cet « homme » est producteur de cinéma. Vous aurez vite saisi de quoi et de qui nous parle Emma Cline.

Emma Cline fait d’Harvey, à juste titre un salaud de première main. Il concentre tous les attributs du pervers narcissique manipulateur obsédé sexuellement par tout ce qui possède une paire de seins. Il ne ressent aucune culpabilité malgré les évidences qu’un aveugle verrait. Le corps féminin provoque chez lui une pensée obsessionnelle qui occulte tout le reste. Sa renommée, son succès et son argent font de lui un homme de pouvoir qui l’exerce sur les autres, aussi bien masculins que féminins. Ce pouvoir qu’il ressent et détient réellement font de lui un homme à qui on peut dire non mais qui n’entend que ce qu’il veut bien entendre, à savoir oui : le pouvoir rend sourd… et aveugle.

Emma Cline rend parfaitement compte de cette catégorie d’hommes. Et elle le fait dans une économie de pages qui accentue encore la brutalité de ses agissements. La violence exprimée dans les quelques pages de ce récit n’est pas tant physique que morale. Les agressions physiques ne sont pas évoquées directement par Emma Cline mais elles sont bien présentes. Ce qui intéresse plus l’auteur c’est la structure mentale de l’agresseur sexuel, la construction qu’il se fait d’un monde fantasmé où il est tout puissant et dans lequel il n’est pas pensable pour lui d’imaginer qu’on puisse lui tenir tête.

Le livre d’Emma Cline ne raconte rien qu’on ne sache déjà mais il agit comme un uppercut littéraire, indispensable car il ne faut jamais oublier d’une part ce qui se passe et d’autre part comment cela se passe, pour les victimes comme dans la tête des criminels. Court, mais vertigineux et indispensable.