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Titre : De silence et de loup

Auteur : Patrice Gain

Editeur : Albin Michel

Libérer la parole pour libérer les âmes

Mon premier « contact » avec Patrice Gain remonte à son précédent roman, « Le sourire du scorpion » paru chez Le Mot et le Reste, belle maison d’édition avec quelques beaux textes. Ce premier contact fut, il est vrai, particulièrement plaisant pour rester mesuré dans mes propos. Il y a donc toujours derrière une attente particulière où se mélangent deux sentiments contradictoires : l’impatience de lire un nouveau texte d’un auteur qui vous a touché et la crainte qu’il ne soit pas à la hauteur…

Avec « De silence et de loup », Patrice Gain replonge, pour le plus grand plaisir du lecteur, dans le roman noir. Il ajoute toutefois une corde à son arc en inscrivant son récit dans un huis clos frigorifique au fin fond de la Sibérie. Sa narration englobe deux récits, parlant tous deux d’isolement.

Dans le premier fil conducteur, Anna, jeune journaliste, rejoint une mission scientifique sur un voilier. Ce groupe d’hommes et de femmes interagit en vase clos, pour finir prisonnier de la glace, perdant ses membres petit à petit jusqu’à ne laisser qu’Anna, pourchassée par les autorités locales. Ce premier récit porte ainsi la voix d’Anna. Elle raconte aussi bien son aventure, homérique, en Sibérie que sa vie passée, tragique, ayant pour conclusion son départ pour la mission scientifique.

Dans le second fil conducteur, c’est la voix de Sacha, le frère d’Anna, qu’on entend. Elle a également pour cadre un huis clos, très différent du sibérien : Sacha est un moine d’une communauté d’ermites chartreux. Il est le dépositaire du récit d’Anna qu’il découvre en même temps que le lecteur.

La première question qui vient à l’esprit du lecteur (attention, ça spoile un peu) c’est comment diable un homme peut-il, non pas oser, surtout pas, mais réussir à écrire sur une journaliste, mère d’une petite fille décédée, compagne d’une femme qui s’est suicidée, partie en Sibérie pour tenter d’aller chercher qui elle est et d’autres réponses à des questions que le lecteur découvrira, avec autant de justesse et de sensibilité ?

Dans un premier temps, on peut déjà souligner le fait que si le salaud de l’histoire se dessine assez rapidement, celui-ci est rongé par sa culpabilité, ce qui ne l’exonère d’aucune responsabilité, bien au contraire : il n’en est que plus redevable envers se victimes. Mais si le bourreau est contraint de se confronter à son passé, à ses erreurs et ses aveuglements, il en va de même pour la victime. Patrice Gain n’épargne personne.

Ensuite, il y a le fait que le récit d’Anna est un récit de libération de la parole afin de libérer les âmes : la sienne bien entendu mais aussi celle de sa fille et de sa compagne. Patrice Gain fait preuve d’empathie avec Anna : en lui donnant une voix, sincère, il lui offre la possibilité d’un rachat, d’une rédemption qu’il refuse à son bourreau.

Enfin, il y a un style Patrice Gain, à la fois limpide et puissant, évocateur dans toutes les descriptions de scènes ayant lieu en Sibérie, dans le froid, la neige, la tempête… aussi que dans celles du monastère, dans la cellule de Sacha.

Tout fonctionne à merveille dans le récit de Patrice Gain et le lecteur se retrouve embarqué dans une histoire qui mêle habilement aventures, culpabilités, remords, vengeance : un cocktail explosif mais efficace. A mettre entre toutes les mains (adultes).