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Titre : Les chemins de la thérapie

Auteur : Samuel Dock

Editeur : Flammarion

Tous les chemins finissent par mener quelque part

Il y a des amitiés diffuses mais sincères. Diffuses parce que les occasions de se voir ou d’échanger ne sont pas pléthoriques. Sincères parce que le plaisir d’avoir des nouvelles ne se dément jamais. Samuel Dock fait partie de ces personnes attachantes qui diffusent autour d’eux une sorte de halo de calme et d’intelligence. On peut être d’accord ou pas, mais on s’enrichit à son contact.

Son livre « Les chemins de la thérapie » reste fidèle à ce principe altruiste qui nourrit la vie, le métier et les livres de Samuel Dock.

Alors bien sûr, il est question dans ce livre de pratique de la thérapie. De sa pratique personnelle de la thérapie. Mais Samuel Dock n’écrit pas ce livre pour faire mousser sa vision de la thérapie (même s’il en parle en se définissant par rapport aux us et coutumes de sa profession) ni pour attirer plus de patients. Au-delà de la théorie, il parle de sa pratique (et un peu de celles des confrères) en mettant en avant l’humain qu’il y a derrière chaque « cas », l’aide qu’un patient est censé trouver dans la thérapie.

Ce livre est en quelque sorte un petit guide pratique de ce qui se fait (ou pas), de ce qu’on peut attendre (ou pas) d’une thérapie, à destination de ceux qui se posent des questions sur une éventuelle démarche, sur leur démarche en cours… Bref, c’est potentiellement utile pour beaucoup de personnes.

A titre d’exemple, Samuel Dock insiste sur ce qu’on pourrait appeler une sorte de sainte trinité thérapeutique. D’une part à travers l’importance des trois premières séances qui permettent au thérapeute et au patient de bien valider le fait d’avancer ensemble, ou celle des trois dernières indispensables pour clore proprement la thérapie, qu’elle débouche sur un succès ou pas d’ailleurs. D’autre part dans le rôle du thérapeute qui s’articule autour des principes de contenir, soutenir et sécuriser (je vous laisse vous reporter au livre si vous voulez plus de précision).

Mais si je devais retenir quelque chose d’essentiel de ce livre, c’est la position du thérapeute : elle est un fragile équilibre entre l’affect du patient et celui dans lequel le thérapeute le reçoit, c’est-à-dire son propre affect. Le thérapeute n’a rien d’un monstre froid qui se ferme pour se protéger. Il faut une force de caractère incroyable, une attitude irréprochable, une inventivité et une flexibilité aussi face à la diversité des cas qui se présentent face au thérapeute, une humanité aussi pour accueillir le traumatisme des patients. C’est un peu de tout cela qu’est fait un thérapeute. C’est un peu de tout cela dont est fait Samuel Dock, l’humanité avant tout.

C’est pour cela qu’il se livre un peu (beaucoup) dans sa pratique, dans l’homme qui se cache derrière le thérapeute. C’est ce qui fait la valeur de se témoignage pour un patient ou un futur patient. Parmi les enjeux pointés du doigt par Samuel Dock, il y a l’expression d’une demande, directe ou indirecte, émise par le patient ou par un proche ou un intermédiaire. Sans l’existence de cette demande initiale, le thérapeute est désarmé et impuissant.

A partir de ce point de départ, la question cruciale est ensuite de définir le but de la thérapie. Comment soigner ou régler une situation avec laquelle le patient vivait jusqu’alors sans risquer de faire s’effondrer son équilibre psychique et physique ? La thérapie n’est pas là pour supprimer un « trouble » (et cacher reviendrait à se leurrer) ou un « traumatisme » mais pour faire en sorte que le patient l’accepte ni plus ni moins que pour ce qu’il est : une part de lui. D’où l’importance du regard du thérapeute qui ne doit par contre jamais porter de jugement ni sur son patient ni sur son trouble.