Étiquettes

, , , , , , , ,

Titre : Le troisième homme

Auteur : Graham Greene

Traduction : Marcelle Sibon

Éditeur : Robert Laffont

Histoires de jeux

Il était grand temps que je découvre cet auteur… J’y aurai mis le temps, mais cela valait le coup d’attendre.

Il y a deux forces chez Graham Greene : le sens de l’intrigue et des personnages et la manière de rendre compte de l’atmosphère d’une époque.

« Le troisième homme » se situe à Vienne en 1949. Dans cette ville et à cette époque, Rollo Martins débarque, comme un chien dans un jeu de quilles, pour y retrouver son ami, Harry Lime, dont, en première visite citadine, il assiste à l’enterrement… A partir de là, Rollo, persuadé de l’honnêteté de son ami, va tout faire pour retrouver son meurtrier quand la police a conclu à un accident !

Chien dans un jeu de quilles, Rollo est l’emblématique innocent naïf par qui le jeu de quilles s’effondre. Il s’effondre parce que fragile. Il est fragile parce qu’il repose sur un jeu de dupes : entre ceux qui mentent, les plus nombreux, et ceux qui ne voient rien venir, le seul Rollo, seul au monde, isolé et bringuebalé de droite et de gauche.

Mais Rollo est aussi un peu schizophrène : de chien il passe à chat et de chat il passe à souris. Car non content de jouer le chien dans son jeu de quilles, Rollo met les pieds dans la gamelle d’un jeu du chat et de la souris dans lequel il se veut chat mais se retrouve souris !

Tout est donc histoire de jeux entre les personnages et Graham Greene ne se prive pas de jouer avec ses lecteurs. C’est d’autant plus vrai pour un lecteur du XXI° siècle qui se trouve immergé dans une époque difficilement appréhendable autrement que par l’atmosphère de cette même époque et de la manière dont un auteur rend compte de celle-ci. Pour le coup, Graham Greene y parvient parfaitement. Ce qui n’empêche pas cette atmosphère de se parer des odeurs de la désuétude, parement au demeurant peu rédhibitoire à la lecture. Le récit (on ne peut pas à proprement parler de roman) conserve tout son charme.

Son format court s’explique en grande partie par le fait qu’il se veut avant tout un scénario détaillé pour un film. Il en va d’ailleurs de même pour le récit qui suit (« Première désillusion ») : court (encore plus que « Le troisième homme »), destiné à être converti en film, ambiance noir et blanc, drame humain, plus social que « Le troisième homme » qui reste plus politique de par le lieu et l’environnement viennois d’après-guerre dans lequel il s’inscrit.

Qui est donc le troisième homme dont la présence sur la scène de crime/accident d’Harry Lime semble faire douter de la véracité de tout ce qui s’est passé ? Et surtout de l’identité avérée ou non des protagonistes. Graham Greene laisse longtemps planer le doute sur l’identité du mort, sur la présence ou non de certains personnages sur différents lieux, sur les motivations aussi des individus concernés… mais il sait faire preuve d’un indéniable brio pour dénouer son récit dans un final assez musclé, passage à l’épreuve du cinéma oblige !

Un récit rondement mené, des personnages un peu stéréotypés parfois peut-être, tour à tour agaçants ou attachants, de l’action et des rebondissements, un contexte historique parfaitement utilisé, Graham Greene est incontestablement un écrivain doué.