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Titre : Triste boomer

Auteur : Isabelle Flaten

Editeur : Le Nouvel Attila

Boom, quand votre cœur fait boom…

D’un côté : John, un start-uppeur sur le retour, qui ne veut pas vieillir dans un monde qui lui échappe totalement, inexorablement ; la soixantaine, il n’attend plus grand-chose de la vie en général. De l’autre : Salomé, devenue duchesse par mariage, veuve, mère de deux enfants, qui n’attend qu’une chose que ses enfants ne peuvent lui offrir à savoir reprendre et redresser le domaine familial.

Ces deux personnages sont proprement étrangers à eux-mêmes. Non seulement ils ne sont pas ce qu’ils auraient désirer être (sans le savoir ni se l’avouer) mais en plus on ne perçoit leur portrait qu’à travers, pour John, son PC et les élucubrations de ses voisines sur son activité et son physique, et pour Salomé, le portrait d’un marquis, homo, aïeul de son défunt mari.

Les deux personnages les plus vivants de ce récit sont donc un ordinateur et une peinture… on fait mieux comme vivacité et présence humaine. Quand ces deux-là interviennent c’est en prenant eux-mêmes la parole, en s’exprimant par le « je » de la personnification ! Même les quelques fois où on pourrait croire qu’on va découvrir un peu mieux John et Salomé par leur propre intermédiaire… c’est en fait notre vision, notre point de vue qu’Isabelle Flaten fait mine d’embrasser, par l’usage du « on ». Elle nous inclue dans la découverte des personnages, sans qu’on en découvre vraiment plus, et déshumanise le propos avec un pronom impersonnel de premier ordre.

La déshumanisation et l’inversion des rôles sont d’autant plus prégnantes que le PC et le portrait interpellent directement leur « partenaire », respectivement John et Salomé, mais que ceux-ci qui ne répondent jamais…

Ces deux être complètement paumés sont fait pour se rencontrer… A première vue, s’ils croisent leurs routes respectives, c’est plutôt pour partager leur misère. De manière inattendue, et avec une bonne dose d’ingéniosité et d’humour, Isabelle Flaten parvient à transformer leur relation en quelque chose de pétillant et de surprenant.

Comme quoi la vie n’est jamais vraiment totalement morte, comme quoi il reste toujours un petit espoir de s’en sortir, que ce soit à travers de nouveaux challenges, grâce à des rencontres : on peut trouver une porte de sortie à tout moment, en croisant l’amour, l’amitié ou pourquoi pas la fantaisie voire la folie. La vision exprimée par Isabelle Flaten dans « Triste boomer » a quelque chose de désabusé, peut-être d’un peu désespéré, mais n’est pas pour autant fataliste ! Isabelle Flaten parvient toujours à croquer une époque avec justesse : sans concession mais avec un regard tendre.