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Titre : La chambre des dupes

Auteur : Pascal Camille

Editeur : Plon

Dupeur et tremblements

Camille Pascal nous invite à une plongée en apnée dans la cour de Louis XV, entre les années 1742-1743, au milieu des requins qui se disputent les faveurs du roi et donc le pouvoir.

Au milieu de ce microcosme aquatique, s’en tirent les plus féroces mais aussi les plus louvoyant, les plus agiles. Alors quand férocité et agilité se trouvent réunis au sein du même mollusque, cela fait des étincelles. C’est le cas de la favorite en titre du roi qui a manœuvré pour atteindre cette position, qui devra manœuvrer pour la conserver, en acceptant d’être manipulée, en manipulant à son tour, en cachant sa vraie nature de requin en se faisant passer pour une proie facile et inoffensive.

Dans ce monde si particulier, rien n’est jamais ce qu’il semble être, rien ne se passe jamais comme prévu. Camille Pascal le met clairement dans la bouche d’un de ses protagonistes : « C’est d’ailleurs pour cette raison qu’il aimait la fréquentation du pouvoir, car, avec lui, ce qui était prévu n’arrivait jamais et l’imprévu, au contraire, était toujours certain. Versailles se réduisait à un immense tapis vert où chacun misait quotidiennement son existence dans l’espoir de tirer un jour la bonne carte. »

La cour est un gigantesque casino où il faut sans cesse bluffer et duper les autres, se duper soi-même pour tenir le coup, mentir sur sa propre nature aussi bien que sur ses réelles intentions, où la sincérité n’a jamais sa place, où il faut tricher « en pensée, en parole, par action et par omission », où on remet sans cesse en jeu sa position, sa fortune, sa renommée, les trois étant intimement liés.

Dans la « vraie » vie, tout le monde a des hauts et des bas. Il n’en est pas différemment au sein de la cour mais auprès du roi, tout est exacerbé au centuple : le moindre petit revers vire immédiatement au drame, au ridicule, au tragique.

Camille Pascal fait naviguer ses personnages dans un monde très masculin. Tous les postes de pouvoir sont occupés par des hommes. La reine est totalement absente de la narration. Pour autant, les femmes détiennent un pouvoir, certes différent de celui des hommes, un pouvoir de l’ombre, un pouvoir qui ne se montre pas, mais un pouvoir qui de temps en temps surpasse celui des ministres, des religieux, des nobles.

Pour un livre qui s’attarde sur une période couvrant à peine une année de règne de Louis XV, la plume de Camille Pascal s’étend sur un peu plus de 500 pages, sans jamais ennuyer son lecteur. C’est en véritable immersion qu’on se trempe dans ce récit d’autant plus prenant que tout ce qui s’y déroule n’est que le strict reflet de la réalité. Les personnages ont réellement existé, leurs actes, leurs paroles, leurs pensées ne sont pas inventées mais simplement couchés sur le papier à l’encre indélébile de l’histoire. Passionnants, édifiants, parfois choquants ou émouvants, les faits et gestes, glorieux ou ignominieux, sincères ou emplis de fausseté, des acteurs de cette page d’histoire sont authentiques : ils n’en sont que plus puissants dans la mesure où ils sont à même de renverser le pouvoir lui-même, au service d’intérêts toujours personnels.

Quand la petite histoire prend le pas sur la Grande Histoire.