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Titre : Les Contreforts

Auteur : Guillaume Sire

Editeur : Calmann Levy

Orgueil et pré carré

Les Testasecca. Une famille de têtes brûlées (leur nom pourrait signifier « tête sèche », i.e. qui a le crâne dur) qui s’accroche à son château comme un bernique à son rocher. Leur demeure « ancestrale » tombe en ruines et ils n’ont plus un sou pour la rebâtir. L’effondrement est proche, aussi bien pour la bâtisse que pour les membres de la famille.

Le patriarche, sorte de soixante-huitard anticonformiste, forte tête et bagarreur, semble compter sur le sort et le destin pour le sortir du pétrin. Il adopte une attitude suicidaire auto-destructrice, provoquant les autres, allant au devant du danger et des ennuis.

Les enfants sont totalement différents : Clémence, elle, apparaît comme la plus débrouillarde de la famille. Elle semble avoir les pieds sur terre et c’est la bricoleuse de la famille même si sa volonté et son talent ne peuvent suffire à sauver tout et tout le monde. Pierre est plutôt du genre pierrot lunaire, la tête dans les étoiles. Pour autant, c’est Clémence, la plus investie et obnubilée par la sauvegarde du château, qui poursuivra les plus grosses chimères : le putatif trésor de la famille Testasecca.

La mère est celle qui fait le liant entre les membres de la famille, comme le ciment le fait pour les pierres branlantes du château. Sans elle, tout d’effondrerait définitivement

Le récit est construit sur la base d’une tragédie. Il est découpé en cinq actes. Classiquement, le premier est celui de l’exposition de la situation et des personnages puis on enchaîne avec un acte plein d’espoir avant qu’au fil des actes suivants, Guillaume Sire brise petit à petit chacune de ces traces d’espérance.

Pour coller au plus près de sa mise en scène et de sa structure narrative, il respecte d’ailleurs les principales règles relatives au théâtre : unité d’action avec le château, personnage centrale de l’intrigue proposée, unité de temps un peu plus longue que la journée classique, et unité de lieu (on assiste presque à un huis clos, à quelques scènes près mais qui pourraient ne pas être présentées dans le livre – sans qu’elles soient pour autant inutiles ou superflues).

Aussi bien sur la forme, avec une structure narrative intelligente et des situations parfaitement travaillées, que sur le fond, à travers de somptueux personnages, aussi peu lisses qu’ils sont tourmentés, chacun à leur manière, Guillaume Sire livre un récit fort et parfaitement maîtrisé.