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Titre : Au long des jours

Auteur : Nathalie Rheims

Editeur : Leo Scheer

Si Mouloudji m’était conté

Au départ de ce roman, l’exhumation d’un cliché pris par Bettina Rheims de sa sœur, Nathalie, avec Mouloudji. En 1977, elle a 18 ans, il en a 55. Elle commence sur les chapeaux de roue une carrière prometteuse d’actrice, il est un peu dans le creux de la vague mais reste auréolé de ses succès passés. Ils se rencontrent dans les loges après une représentation, elle timide mais immédiatement éprise de cet homme qui en impose, lui en retenue. De là, part une relation aussi intense qu’en pointillés qui durera une année.

Le récit que fait Nathalie Rheims de cette passion brève relève plus d’une succession d’instantanés de celle-ci, à l’image du polaroïd qui a ravivé ces souvenirs, que du roman purement autobiographique.

Roman court, comme le fut la relation entre Nathalie Rheims et Mouloudji, il est avant tout intime et passionné. Le sentiment général qui se dégage du récit est principalement celui d’une grande tendresse entre l’actrice en herbe et le chanteur/écrivain/acteur confirmé. Les moments communs ont beau être volés, à sa jeunesse et à sa vie d’actrice pour l’une, à sa vie familiale et à son emploi du temps professionnel pour l’autre, ils n’en sont pas mois profonds et intenses. Aucune trace de rancœur, de regrets, ici. Ne subsistent que les souvenirs amoureux d’une relation éphémère.

Est-ce lié à l’époque et au microcosme où le roman se déroule ? Toujours est-il que c’est un récit très germanopratin. Si la majorité des noms cités dans le livre sont connus, il y en a un certain nombre qui ne parleront qu’à peu de monde. Oubliés depuis de nombreuses années, connus d’un cercle restreint de lecteurs qui auraient vécu ces années-là ou auraient fréquenté ce milieu, ces « fantômes » hantent les pages du livre et leur présence reste assez superficielle.

On sent bien, tout au long des pages, la différence d’âge entre Nathalie Rheims et Mouloudji. Il y a un petit côté groupie chez Nathalie Rheims. L’âge et les souvenirs faisant, elle aurait pu gommer cette naïveté, cette candeur, qui la faisait s’extasier devant les personnes dont elle croisait la route, amicalement, amoureusement ou professionnellement. Ce texte résonne avant tout comme un cri d’amour à un homme, avant tout, mais aussi à une époque insouciante sur bien des plans.

Le récit de Nathalie Rheims offre avant tout l’opportunité de découvrir et redécouvrir un homme touche à tout, poète, chanteur, acteur, écrivain. Nathalie Rheims ne tarit pas d’éloges sur l’homme, pourtant marié et père mais volage, et cite volontiers des passages de ses chansons. Né en 1973, je n’ai pas connu les chansons de Mouloudji. L’hommage que lui rend ici Nathalie Rheims a cet immense mérite de raviver plus que le « simple » souvenir d’une relation qui se rappelle au souvenir de l’auteur. Il fait remonter à la surface le souvenir oublié d’un homme et d’une vie riche.