La brume en août – Robert Domes – Service de Presse

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Titre : La brume en août

Auteur : Robert Domes

Traduction : Edith Noublanche

Éditeur : La Belle Colère

La haine d’un homme et d’un système et l’aveuglement d’un peuple

Robert Domes s’attaque à un monument : la Seconde Guerre Mondiale. Mais il choisit de le faire par un petit bout de lorgnette et avec humanité qui ne se dément jamais.

Sa lorgnette pointe son objectif sur l’histoire d’Ernst Lossa, le petit garçon de la couverture. Il faut dire qu’Ernst « cumule » : enfant né dans l’Allemagne nazie des années 30, membre de la communauté Yéniche (assimilée aux Tziganes par le régime nazi et la population allemande), sur les routes en roulotte, un esprit peu conformiste… la liste est longue de ses soit-disantes turpitudes ou assimilées comme telles.

Il est assez rapidement pris en charge par les services sociaux allemands, qui n’ont de services et de sociaux que le nom. Si ses ennuis ne commencent pas avec son retrait de sa vie familiale, on peut dire que ce changement radical dans sa vie (séparation avec ses parents à l’âge de 4 ans, immersion dans un milieu hostile et haineux) marque le début de la fin.

Ce qui est intéressant dans cette histoire c’est évidemment l’acharnement d’un système sur un groupe de population, ici la communauté Yéniche symbolique des gens du voyage mais cela serait aussi valable avec la communauté juive, les malades mentaux, etc…, relayé ensuite par les membres de ce système, fonctionnaires, médecins, … et traduisant dans les faits au quotidien les sentiments de haine et de suspicion exprimés par le pouvoir en place.

Cette notion de haine d’un seul homme, d’un seul pouvoir qui se retrouve repris par une population parce qu’elle adhère à ses thèses ou qu’elle renonce à les combattre est présente tout au long du livre.

Robert Domes, après avoir « rencontré » Ernst Lossa à travers son histoire, a décidé de prendre cet exemple pour dénoncer l’ensemble d’une œuvre… Parler chiffres, parler généralités, même dans la pire des horreurs, n’est rien par rapport à un exemple montré en exergue, identifié et identifiable.

Mais d’un autre côté, Robert Domes ne sombre pas dans l’angélisme. Ernst Lossa n’est pas un saint. Il vole, il ment, il est instable. Mais pour autant, Robert Domes nous pousse à nous interroger sur l’origine des responsabilités : si certes Ernst Lossa montre certaines prédispositions aux exactions diverses et variées, c’est bien le milieu dans lequel il se retrouve plongé, isolé, et non pas le milieu de sa petite enfance, familial, de son éducation, qui est la source de ses pires maux.

Tout le livre repose sur le chute et la perversion d’un individu par un système comme symbole de l’acharnement de ce système envers différentes catégories de populations qu’on a volontairement considérées comme étant à la marge de la société et qui y sont maintenues ou poussées encore plus par celle-ci.

Le récit de la vie, et de la mort, d’Ernst Lossa est poignant à plus d’un titre et montre à quel point il suffit de peu de choses pour qu’un petit garçon, certes souffrant de difficultés indéniables, se fasse broyé injustement par un système sans aucune chance de s’en sortir. Rien, et surtout pas les difficultés montrées par Ernst Lossa, certaines réelles et d’autres totalement fantasmées, ne justifie les exactions commises par les médecins nazis, sous couverts d’expériences scientifiques mais essentiellement dictées par une haine viscérale et un plaisir de faire souffrir peu démenti.

Alors oui, ce n’est qu’une histoire parmi des milliers, des millions, mais elle a le mérite de nous montrer en détail ce qu’une idéologie peut produire de pire sur des personnes.

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