Quand pourtant l’amour était là… – Philippe Lipschitz

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Titre : Quand pourtant l’amour était là…

Auteur : Philippe Lipschitz

Éditeur : L’Harmattan

D’amour et de (dé)raison

La toile de fond historique de ce roman est l’une de ses clefs essentielles. On prend nos personnages en plein milieu des années 60.

La toile de fond géographique de ce roman est l’une des autres de ses clefs essentielles. Ces personnages s’entrecroisent dans une petite sous-préfecture de province.

La toile de fond politique de ce roman est la dernière de ses clefs essentielles. La majorité des personnages est fortement ancrée dans la gauche communiste des années 60.

Le mélange de cette période, de cet arrière-plan politique et de ce provincialisme donne la couleur essentielle de ce récit aux accents dramatiques.

Jeanne, jeune femme divorcée d’un philosophe communiste, mère d’un enfant d’une dizaine d’années, quitte Paris pour la Province dans l’espoir de mettre un peu de distance entre son ex-mari, la capitale et elle. Mais être une femme divorcée avec un enfant en Province n’est pas une mince affaire. Si en plus, votre personnage libéré tombe amoureuse d’un homme plus jeune, de condition sociale bien différentes, lui étant agriculteur, elle agrégée d’histoire et professeur dans un lycée de garçons, vous constituez les conditions d’une tragédie augmentée par la fragilité psychologique du jeune homme.

Philippe Lipschitz déroule son histoire jusqu’en 1968. Ce qui est fort logique au regard des consciences politiques des personnages principaux qui vivent le communisme de l’époque comme un combat qu’il n’est plus aujourd’hui.

Malgré la politisation des débats à travers Jeanne, Frédéric (l’agriculteur), François (l’ex) ou Stéphane, l’un des élèves de Jeanne et fils d’une de ses collègues, Anne-Marie (femme de médecin, issue de la petite bourgeoisie locale, amie sincère de Jeanne malgré leur différence de point de vue politique, peut-être et surtout parce qu’elle voit en Jeanne une figure dérogatoire à son éducation), ce livre n’est pas un livre politique à proprement parler. Mais cette trame permet toutefois à Philippe Lipshitz d’ancrer son récit dans son époque, de se livrer à quelques échanges de point de vue, qu’ils soient internes au parti communiste ou externes avec les opposants politiques, qui ne peuvent provenir que de son propre vécu.

Philippe Lipschitz fait d’ailleurs preuve dans ses dialogues d’une ironie mordante, d’une répartie cinglante.

Mais si ce roman n’est pas politique, qu’est-il donc ? C’est un roman qui parle d’une époque, d’un environnement social, de jeunesse, d’amour, d’amitié, de fidélité, d’art, de création, de littérature, de poésie, de générations.

Les personnages de Philippe Lipschitz attirent tous, en dehors de François, l’ex-mari de Jeanne, la sympathie du lecteur. L’auteur les aime tous, inscrivant dans la personne de François tout ce qu’il a du détester dans l’attitude de certains communistes des années 60.

On se laisse tranquillement porter par les vies de Jeanne et de Frédéric, leur destin de couple, de Stéphane, en ado rebelle politisé et pas très sûr de lui, de Julien, huit ans, qui se recrée une famille avec Frédéric en nouveau papa et Stéphane en grand frère. Ce que démontre Philippe Lipschitz avec le plus de brio c’est que les sentiments sont parmi les choses les plus simples qui soient mais que ce sont les êtres humains et la vie qui prennent un vilain plaisir à les compliquer jusqu’à l’outrance.

L’histoire est belle. Si belle qu’elle ne peut finir que tragiquement. Le final est aussi peu inattendu qu’il est plein de sensibilité, de subtilité, de beauté suspendue dans le temps, de légèreté dans la douleur, d’humanité.