Les bleus étaient verts – Alain Jaspard – Service de Presse

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Titre : Les bleus étaient verts

Auteur : Alain Jaspard

Éditeur : Héloïse d’Ormesson

Quelle connerie la guerre…

Commençons par la légèreté (toute relative) de ce livre. Alain Jaspard parsème son récit de références musicales comme Brel ou Lapointe. Celles-ci allègent le propos du livre qui tourne autour des atrocités de la guerre d’Algérie et de ses conséquences sur des destins particuliers. L’auteur emploie aussi la dérision, arme à double tranchant. D’une part, elle rend le récit plus lisible et moins indigeste. D’autre part, elle évoque l’absurdité de la guerre.

Alain Jaspard le fait aussi bien à travers l’absurdité de ceux qui la font que de ceux qui la gèrent.

Mais cette forme ne cache pas le fond… Tout d’abord, le récit d’Alain Jaspard dépeint les destins brisés d’individus broyés par la guerre d’Algérie. En premier lieu, il y a Max et ses deux amours : Monika, celle qu’il laisse en France au moment de partir en Algérie et Leila, celle qu’il laisse en Algérie au moment de rentrer en France. Max part à la guerre un peu par dépit, il rentrera en France rempli de regrets et de remords.

Il construira pourtant sa vie en France ce qui permet à Alain Jaspard de faire osciller son récit entre 1961, année où les événements tragiques autour de Max, Monika et Leila se sont déroulés, et 2015, année qui marque pour le lecteur le dévoilement de la vérité derrière ces événements. L’auteur prend d’ailleurs le lecteur comme témoin privilégié de son histoire : à travers Ali, ami de Max et ancien ennemi, il sera le seul à savoir ce qui s’est passé, max restant dans l’ignorance.

L’auteur interroge le fait de savoir si, suite à une tragédie, connaître la vérité est nécessaire pour malgré tout pour continuer à construire sa vie ou pas. Ce qui en ressort c’est tout de même que cette vie n’est pas nécessairement mieux avec la vérité : elle est par contre forcément différente.

Il n’en reste pas moins que les destins de Monika (trompée, abandonnée par Max), de Leila (trahie par les siens, victime de la haine et du ressentiment, qui subit un sort à l’image des « tondues » de la Seconde Guerre Mondiale) et de Max (brisé par la perte de Leila) sont broyés tout au long du récit et aucun protagoniste ne s’en remet vraiment, quelques soient les illusions qu’ils tentent de créer pour faire croire l’inverse.

Il y a une Monika, une Leila, un Max et un Ali dans le roman d’Alain Jaspard. Mais des Max, des Ali, des Leila et des Monika il y en a eu beaucoup en 1962…

A travers ces personnages à la fois drôles, poétiques, forts mais aussi désabusés et ballottés par la guerre, Alain Jaspard parle de la guerre dans toutes ses dimensions. Celle-ci est bien entendu source de sévices, de tortures, de drames mais peut aussi être le terreau de belles histoires d’amours ou d’amitiés, on peut y trouver de la gentillesse et de la générosité. Il suffit de savoir ouvrir les yeux.

Le récit d’Alain Jaspard est donc très ambivalent, à l’image de la guerre dont il parle. Il n’évite aucun débat sur celle-ci mais le fait avec une certaine légèreté qui évite au récit d’être trop lourd, trop empesé. Qui plus est, il le fait sans être manichéen, car des tortures et des exactions, il y en a eu des deux côtés. Et il le fait aussi sans être simpliste. Une belle découverte.