Le sourire du scorpion – Patrice Gain – Service de Presse

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Titre : Le sourire du scorpion

Auteur : Patrice Gain

Éditeur : Le Mot et le Reste

Son sourire est pire que sa piqûre

Tout commence par une descente de rapide en famille, au Montenegro. Tom et Luna suivent leurs parents au fond du canyon où coule la Tara. Goran, originaire de la région, voisin et ami, leur sert de guide.

Dès les premières pages et pendant toute la durée de la descente, Patrice Gain distille la tension entre les personnages : la mère qui pressent un danger sans pouvoir l’appréhender et qui transmet sa peur et ses angoisses à son entourage, Luna qui tente de dédramatiser les situations périlleuses dans lesquelles ils se trouvent entraînés, le père qui semble ne rien voir venir, Goran qui fait semblant de ne rien voir venir. Sans parler de la nature, de l’environnement, des éléments naturels qui prennent sous la plus de Patrice Gain la consistance d’ennemis bien réels et palpables. Tom et Luna luttent autant contre leurs propres angoisses que contre l’orage, le torrent ou le canyon.

Le récit n’est pas clairement découpé en différentes parties mais on en distingue toutefois trois.

La descente des rapides n’est ainsi que la première partie de l’histoire racontée par Patrice Gain, sa pierre angulaire sur laquelle il va construire le reste des développements. Cinq personnes sont parties au Montenegro, seules quatre reviennent. Cette partie n’est pas non plus sans rappeler, et Patrice Gain y fait plusieurs fois directement référence, le livre « Délivrance » dans lequel Tom ira chercher des tentatives d’explications de ce qui s’est passé dans le canyon.

La deuxième partie du récit sert donc à réinstaller les « survivants » dans une certaine routine, différente de celle que leur imposait leur vie d’avant, pour faire monter une nouvelle tension : Goran prend petit à petit de plus en plus de place dans la vie des adolescents. Luna en profite pour prendre de la distance, ses brillantes études lui permettant de fuir vers un lycée en pension, alors que Tom reste englué dans les filets que l’on voit Goran tisser petit à petit.

L’enjeu de la troisième et dernière partie consiste donc à comprendre les motivations de Goran. C’est là que Patrice Gain fait (re)surgir, aussi violemment que les traces laissées par cette période sanglante, ce que fut la guerre en Bosnie, ce que furent les massacres ethniques, ce que furent certaines phalanges armées.

Le récit de Patrice Gain est d’une férocité, d’une tension que la beauté du texte et de la langue de Patrice Gain atténue légèrement aux yeux du lecteur. Il n’a pas son pareil pour toucher du doigt la cruauté des êtres tourmentés, qui par sa jeunesse, qui par son passé, qui par ses actes, qui par son insouciance de nature à blesses son entourage.

Le personnage de la mère, éthérée, manipulable, faible, détruite par ce qu’elle a laissé au Montenegro, est celle qui permet à Goran de s’immiscer dans cette famille. Luna est un personnage contrasté : à la fois forte et faible, elle doit porter sur ses épaules plus qu’elle n’est capable de supporter. Tom tente de prendre les événements avec plus de fatalisme mais son attitude n’est qu’un évitement qui ne pourra durer.

Beau et âpre à la fois : âmes trop sensibles, toutefois, s’abstenir…

L’avis de Lau Lo.