Oyana – Eric Plamondon – Service de Presse

Titre : Oyana

Auteur : Eric Plamondon

Editeur : Quidam Editeur

Si ton passé ne vient pas toi, tu viendras à ton passé

Les chapitres d’Oyana alternent les lettres écrites par Oyana à son mari, Xavier, pour lui dire qui elle est et les chapitres qu’Oyana aurait écrits pour constituer une sorte de récit relatant autant l’histoire de l’ETA, par bribes, que son histoire à elle. Cette première partie qui évoque le passé se fond petit à petit dans la seconde qui narra la fuite d’Oyana, loin de son mari, mais qui se jette corps et âmes dans son passé pur s’y confronter. Ce retour sur son passé est provoqué par l’annonce de la dissolution de l’ETA en 2018.

Oyana a fui le Pays Basque à cause et grâce à l’ETA. D’abord à cause parce qu’elle s’est trouvée impliquée dans un attentat après une bavure policière. Grâce ensuite car c’st l’ETA qui a favorisé sa fuite à l’étranger.

Le texte se durcit petit à petit. Oyana assène à son compagnon des vérités qui ne sont jamais bonnes à entendre, que ce soit sur elle et son passé ou sur leur couple qui s’est éteint avec le temps. Le texte suit ainsi le même parcours qu’Oyana : une montée lente mais certaine de la violence jumelée à une culpabilité qui la pousse soit à la fuite soit à une saine remise en cause, selon le point de vue où l’on se place.

La remise en cause qu’entreprend Oyana prend la voie de la confession à son mari et celle plus tortueuse, plus douloureuse d’un retour aux sources : ses parents dont elle ne sait pas s’ils sont encore en vie, ses anciens amis dont elle ne sait pas s’ils le seront encore, les anciens membres d’ETA dont elle espère qu’ils n’auront plus aucune raison de mettre à exécution les menaces proférées au moment de son exil : si tu reviens, on te tue.

La fuite est multiple, comme les lignes de fuite que prend le récit. Oyana fuit autant qu’elle abandonne son mari. Oyana fuit un présent dans lequel elle se sent elle-même étrangère, elle, qui a déjà fui son pays pour une vie coupée de ses racines. Oyana fuit son passé en repoussant le moment de s’y confronter, retardant son départ pour la France puis, une foios sur place, repoussant son arrivée d’abord sur Bordeaux puis sur Saint Jean de Luz.

Oyana est un roman magnifiquement fort sur la culpabilité, les responsabilités, les choix… la vie n’est qu’une succession de choix et la pire erreur serait de ne pas en faire. Il y est aussi question de rédemption et de pardon tant tout le monde et tout le temps a menti : le verbe est ici libérateur à partir du moment où Oyana a choisi de ne plus taire son passé ni qui elle est réellement.