Un long voyage – Claire Duvivier – Service de Presse

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Titre : Un long voyage

Auteur : Claire Duvivier

Éditeur : Aux Forges de Vulcain

Heureux qui comme le lecteur…

Un long voyage que celui de Liesse et de Malvine Zélina de Félarasie. Mais quel beau et court récit que celui de Claire Duvivier !

Toute la narration tient en premier lieu sur Liesse, d’abord esclave, sujet d’un tabou dans son village puis secrétaire de Malvine, puis sur Malvine justement, ambassadrice d’un empire déclinant, sur l’île dont est originaire Liesse puis à Solmeri, ville où se dénouera leurs existences, leur histoire et s’effondrera l’empire vacillant.

Il y a plusieurs niveaux de lecture dans ce roman, petit exploit réalisé par l’auteur car s’il ne brille pas par sa longueur (ce n’est qu’une façon de parler), ce livre brille par tellement d’autres aspects dont sa richesse infinie et son style.

Il y a déjà toute une réflexion sur le pouvoir, l’usure du pouvoir. L’empire que Malvine représente continue d’exister malgré l’absence de l’empereur, comme si les femmes et les hommes qui font le fonctionner étaient plus importants que la représentation de ce pouvoir par son chef suprême. En quelque sorte oui vu que les femmes et les hommes qui font cet empire au quotidien restent alors que l’empire en tant que tel vogue lentement mais sûrement vers sa perte. Mais il y va justement malgré ces femmes et ces hommes du quotidien tel Malvine ou Liesse qui n’ont que faire de sphères ou de strates au-dessus d’eux.

Il y a ensuite le rapport intrinsèque qu’il existe (ou pas : dans le sens où ce rapport peut être brisé, interrompu, inversé, contrecarré) entre la naissance et le destin. Liesse est d’abord rejeté par son village, sans éducation. Il est récupéré par deux représentants de l’empire qui vont le prendre en main, l’éduquer, lui enseigner l’art et la manière de survivre grâce à son intelligence, malgré ses origines plus que modestes. Quand bien même Liesse ne pourra jamais dépasser un plafond de verre, il parvient tout de même à s’élever beaucoup plus que sa condition de départ ne devrait l’y autoriser. Le mérite va donc bien au-delà de la naissance et il peut, parfois, être reconnu à sa juste valeur.

Cette prime à l’intelligence, Malvina l’incarne aussi au sein de l’empire. De par sa naissance et son éducation, elle est amenée à jouer, quoiqu’il arrive, un rôle fondamental dans cet empire qui chancelle. Navigant dans des univers fermés à Liesse, elle va aussi, grâce à son esprit, dépasser les espoirs mis en elle. Elle entraînera Liesse dans son sillage, reconnaissant sa valeur. La confrontation entre Malvine et les bourgeois de Solmeri est d’ailleurs révélatrice : ces derniers sont majoritairement enclins à protéger la caste qu’ils représentent, de la manière la plus hermétique possible.

Il est enfin beaucoup question dans ce livre d’acceptation de soi. Il n’est pas évident pour Liesse d’accepter le fait d’être rejeté par son village, d’être ensuite rejeté par les enfants de la ville où il grandit parce qu’il est pris en charge par des représentants de l’empire sans toutefois être totalement accepté par la société de l’empire qui voit en lui un îlien de basse extraction. Liesse n’appartient véritablement à aucune communauté, à aucun monde, étranger partout, encore plus quand il se retrouve à Solmeri, loin de ses racines. Racines qu’il ne retrouvera jamais vraiment. A Solmeri, Liesse croisera l’amour dans la personne d’une habitante de la ville. Mais là encore, il restera un étranger aux yeux de ses beaux-parents.

Je pourrai continuer mais je me rends compte que j’ai oublié de vous dire que ce livre était un récit de fantasy, une utopie, une uchronie… mais ce que je viens de vous dire vous montre à quel point « c’est plus que de la fantasy » comme on dit. Il n’y a pas de grands combats épiques, de grands batailles sanglantes, de dragons ou de monstres légendaires, mais il y a un sens du merveilleux, de l’inexpliqué, un soupçon de magie (mais je n’en dis pas plus) et surtout, avant tout, une langue empreinte de douceur et d’humanité qui font un bien fou.