Nestor Burma – Terminus Nord – Jérôme Leroy – Service de Presse

Mots-clés

, , , , , , , , , , , , ,

Titre : Nestor Burma – Terminus Nord

Auteur : Jérôme Leroy

Éditeur : French Pulp

Faut pas gonfler, Nestor Burma, quand il répare les injustices

Deuxième cuvée de ces « Nouvelles enquêtes de Nestor Burma » et deuxième réussite. On retrouve bien entendu les éléments récurrents imposés par l’éditeur pour ces aventures contemporaines du détective créé par Léo Malet : Nestor Burma, cela va de soi, sa sublime secrétaire, Miss Kardiatou, métisse aussi belle que venimeuse, Stéphane Faroux, la fille du commissaire Faroux de Léo Malet et Mansou Kebaïli, geek qui vole au secours de Nestor plus souvent qu’à son tour. On y trouve aussi la patte personnelle de Jérôme Leroy.

Dans un premier temps, Jérôme Leroy a choisi de placer son histoire dans le X° arrondissement de Paris. Gare de l’Est-Gare du Nord, Square Villemin et migrants afghans, Rue Lafayette, c’est un peu chez moi qu’il a écrit son livre, Jérôme Leroy… et la lumière qu’il jette sur cet arrondissement et la vie qui s’y déroule correspond à celle que j’observe. A cet adret réaliste, Jérôme Leroy ajoute un ubac fictionnel en y déplaçant une Stéphanie Faroux qui doit s’échapper de son 36 quai des Orfèvres pour mieux débusquer les taupes qui s’y cachent et faire tomber les liaisons dangereuses entre mafieux roumains du X° et complotistes qui rêvent d’un pouvoir autoritaire et omnipotent.

Stéphanie Faroux fait appel à Nestor Burma pour servir à la fois d’appât et donner le coup de pied dans la fourmilière que sa position au sein des services de police de la capitale ne lui permet pas de donner elle-même. A partir du moment où Nestor met son nez de fouine dans cet imbroglio, il ne restera pas grand-chose ni grand monde d’intact voir de vivant…

Là où, dans un second temps, Jérôme Leroy apporte sa touche personnelle, c’est surtout dans les à-côtés de l’histoire. Jérôme Leroy reste un indécrottable fidèle à la poésie et à ses prophètes, les poètes. Seule la poésie est à même de porter ce qu’il y d’essentiel et de vital dans l’humanité. Et pourtant, dans ce récit d’un criant, cruel et sombre réalisme, même l’innocence et la pureté des poètes, chères à Jérôme Leroy, s’est envolée… on tue les poètes et toutes les Liane de la terre. Il y a toutefois une note d’espoir. Après avoir soldé ses comptes et résolu, une fois de plus, son affaire, Nestor Burma va enquêter sur Liane, l’égérie lunaire de son ami poète, tous deux tués dans les pages de ce récit, immigrée dont ne sait où, comme pour montrer que la poésie dispose d’une vie après la mort ou, plus vraisemblablement, malgré la mort, pour donner à Liane une identité et donc une existence.

Il y a malgré tout quelque chose de pourri au royaume de la démocratie française et Jérôme Leroy pointe du doigt le réflexe identitaire et sécuritaire dans lequel le gouvernement sombre et dans lequel la société civile pourrait sombrer à son tour si personne ne tire la sonnette d’alarme. Jérôme Leroy est un des lanceurs d’alerte dont on dispose et sa voix doit réveiller certaines de nos consciences parfois endormies.

Voilà, ce deuxième opus des nouvelles enquêtes de Nestor Burma tient largement son rang sans oublier un ton faussement badin et des dialogues qui font mouche avec un Burma en grande forme.