L’effet Titanic – Lili Nyssen – Service de Presse

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A fini « L’effet Titanic » (Lili Nyssen, éd. Les Avrils). SERVICE DE PRESSE

Chacun cherche sa place

Le cadre : Le Havre. Les protagonistes : au nombre de trois… Il y a d’un côté Flora et Zak, elle adolescente de classe moyenne, vivant avec sa mère célibataire, lui venant des quartiers est, la banlieue façon Le Havre, de son vrai nom Zakaria Belkacem, un frère, Yaris, absent, et un père dépassé autant par ses fils que par la société dans laquelle il ne vit pas vraiment. De l’autre, une narratrice qui est à la fois l’autrice de l’histoire de Flora et de Zak et la voie de sa propre histoire, évoquant sa vie privée, son activité d’écrivain imaginant les vies de Flora et Zak…

Revenons à nos deux adolescents, pour commencer : issus de l’imagination de la narratrice, elle-même née de la volonté de Lili Nyssen, ils permettent à ces deux femmes, l’une faite de chair et de sang, l’autre d’encre et de papier, d’évoquer la sexualité, l’acceptation de soi ou son rejet, l’acceptation de l’autre ou son rejet, son rapport aux corps et aux sentiments.

Ces deux êtres adolescents partagent avec la narratrice, une femme plus âgée qu’eux, un même sentiment de solitude, une espèce de déshérence. Ils s’aiment malgré les vicissitudes locales, Le Havre n’étant pas forcément dépeint sous les meilleurs couleurs, malgré la présence de la plage. Le Havre n’est qu’un endroit réceptacle et l’histoire pourrait se dérouler ailleurs, partout où peuvent se côtoyer deux classes sociales qui tout oppose mais que l’amour et un même sentiment d’isolement peut réunir.

Alors oui, cet « Effet Titanic » permet à deux personnes de se rencontrer, de s’aimer avant de se noyer dans des vies qu’ils ne désirent pas vivre. Ils rejettent leurs milieux respectifs au même titre que ces milieux ne les comprennent pas, ne les veulent pas non plus. Chacun cherche sa place : si la narratrice le fait seule, Zak et Flora ont la chance de faire un bout de chemin ensemble. Ils sont la part d’humanité du livre, ils sont la partie la plus réelle du roman et pourtant celle doublement inventée par Lili Nyssen et sa narratrice.

Alors oui, ce livre est nécessairement très introspectif. Mais il est porté par une écriture aussi douce qu’elle peut se rendre violente, aussi enveloppante qu’elle peut se hérisser d’épines, à l’image des roses si belles, si odoriférantes, si apaisantes et pourtant si piquantes.

Il y a chez Lili Nyssen un vrai travail sur le rythme de la phrase, alternant fluidité et tempo saccadé, adoptant un flow contemporain qu’on pourrait parfois scander et parfois chanter en harmonie. Les mots ne sont jamais gratuits dans la litanie des paroles de Flora, de Zak ou de la narratrice. Ils expriment les hésitations, les atermoiements, les doutes et les envies. Lili Nyssen le dit merveilleusement bien et si justement : « le langage nous effraie parce qu’il nous met à nu ». Tout est dit.