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Titre : Ecotopia

Auteur : Ernest Callenbach

Traduction : Brice Matthieusent

Editeur : Folio SF

Quand le passé dépasse le présent…

Imaginez un monde où le Bangladesh serait séparé de l’Inde, où les Belges auraient splitté a Belgique en trois pays différents, où la Russie serait en proie aux minorités ethniques, où le Québec ne ferait plus partie du Canada… Imaginez un monde où trois états américains auraient fait sécession pour créer une utopie écologique : Ecotopia.

Imaginez que ce monde qui cristallise tellement de préoccupations contemporaines aurait été pensé par un écrivain en 1975. Imaginez que vous lisez « Ecotopia »…

Dans ce monde, plutôt dans ce pays utopique, on ne travaille que 20 heures par semaine, l’égalité hommes/femmes est réelle, le sport est un vecteur de santé pas de performances compétitives stériles, l’individualisme n’a plus cours et la notion de communauté à pris les devants, les centres villes sont piétons ou cyclistes, le tri est sélectif, les voitures électriques et les espaces publics et les toits végétalisés.

Ce qui est marquant dans ce roman c’est que les hypothèses développées par Ernest Callenbach comme des données de base de sa société utopique le restent encore aujourd’hui : on n’a finalement très peu avancé depuis 1975 ! Pourtant les idées proposées par l’auteur semblent plutôt de bon sens à défaut de faire preuve de sens pratique.

Un journaliste américain est envoyé en reportage à Ecotopia pour préparer une éventuelle réouverture des frontières et des relations diplomatiques entre Ecotopia et les Etats-Unis. Le récit alterne les articles envoyés par le journaliste à sa rédaction et les extraits de son journal personnel tenu pendant son séjour en Ecotopia.

D’abord sceptique, au mieux goguenard et suspicieux, le journaliste lie quelques amitiés, noue une relation intime avec une écotopienne et se prend petit à petit au jeu. Le ton des articles se modifient au fur et à mesure : de critiques ils deviennent presque militants. Le journaliste arrive à Ecotopia avec ses réflexes intellectuels d’occidental consumériste et se heurte à des préceptes politiques, personnels, philosophiques qui vont à l’encontre de sa culture et de son éducation.

Les articles abordent toutes les facettes de la société écotopienne : travail, santé, organisation politique et sociale, sport, relations, place de la presse, l’énergie, l’écologie, les transports…

Il est indéniable que l’attitude du journaliste change du tout au tout, au point de décider de se fixer à Ecotopia en abandonnant sa vie passée. Mais ce que son séjour provoque en lui, il ne faut pas rêver, ne peut se reproduire aisément à l’échelle d’une société. Un changement individuel peut se faire dans une relative douceur tandis qu’un changement à l’échelle de la société implique une modification radicale à la fois de la société (les masses) et des habitudes (les individus). Tout le monde n’est pas à même d’entreprendre le travail anthropologique effectué par le journaliste.

Mais quand le radicalisme des décisions de gouvernance prises se fait sans concession et dans l’optique d’un bien commun supérieur comme ce fut le cas à la création d’Ecotopia, ce changement a une chance de réussir. Ernest Callenbach place son récit une vingtaine d’année après la création d’Ecotopia pour se donner un recul suffisant pour montrer tout à la fois qu’il faut du temps mais que c’est possible.

Du temps, c’est ce qu’on pouvait avoir en 1975. Mais 20 ans et 45 ans plus tard, si on considère Ecotopia comme une sorte d’étalon-écolo-société, force est de constater que du temps on en a de moins en moins et qu’il reste encore tant de chose à faire…