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Titre : Les chroniques de Prydain – Tome 4 – Taram chevalier errant

Auteur : Llyod Alexander

Traduction : Marie de Prémonville

Éditeur : Anne Carrière

Se regarder en face

C’est avec un plaisir non dissimulé qu’on retrouve toute la troupe de Taram et de ses amis. Et ce, d’autant plus, qu’après ce quatrième volet des chroniques de Prydain, il ne restera plus qu’un seul épisode à découvrir.

On retrouve les mêmes personnages, les mêmes ingrédients que précédemment mais pour une fois, Taram part seul en quête de son identité, de ses origines. La question de sa naissance le turlupine de plus en plus, qui plus est s’il compte réellement épouser un jour Eilonwy… Il souhaite du fond du cœur obtenir celui de sa douce en qualité d’homme bien né. Dans ce but, il part sur les sentiers de ce qu’il pense encore être sa gloire promise.

Une fois de plus, Lloyd Alexander va déciller les yeux de son héros en lui rappelant la plus cuisante mais la plus morale des leçons : si Taram ne pourra être que déçu de l’échec de la mission qu’il s’est lui-même mis en tête d’accomplir, il apprendra que la valeur n’a rien à voir avec la naissance mais plutôt, leitmotiv de ces romans initiatiques, avec les actes.

Taram désire ardemment la noblesse d’un rang et la main d’Eilonwy. A l’issue de cette quatrième aventure, il n’a toujours ni l’une ni l’autre. Ce sera tout l’enjeu du dernier tome de ses pérégrinations. Il n’est toutefois pas bredouille car seul, il ne le restera pas bien longtemps. Il part accompagné de l’éternel Gurgi, plus que jamais attaché à Taram, et croisera la route de quelques uns de ses amis, Fflewddur, présent dans toutes ses aventures, et Doli, que nous avions laissé de côté dans le tome précédent et qui revient de manière fracassante.

L’aspect le plus intéressant de ce récit réside dans les choix offerts par Lloyd Alexander à Taram. Ce dernier aura ainsi de nombreuses occasions de se choisir des origines. Il lui sera proposé de devenir le fils adoptif d’un roi ou de devenir un potier renommé mais humble… A chaque fois Taram refusera ce qui lui sera apporté sur un plateau d’argent. En ce sens, Taram ne choisit pas parce qu’il ne veut pas de la facilité. Il fait le seul choix qui ne lui apportera aucun remord d’avoir cédé à une certaine facilité : celui de se construire lui-même et de privilégier le futur Taram, celui qui est en train de grandir, de se forger, plutôt que de figer dans un passé qui certes fait de lui l’homme qu’il est aujourd’hui mais pas celui qu’il sera demain.

La couverture montre habilement qu’on est le fruit de ses rencontres (et accessoirement que la somme des individus est plus forte que les individus pris séparément). L’aventure de Taram va plus loin encore en démontrant que le futur est plus important que le passé : on ne peut pas modifier le second mais on peut agir sur le premier. Taram cherche la vérité sur ses origines alors que ce qui est le plus important est en fait qu’il trouve la vérité sur lui-même.

A travers les différentes expériences qu’il va mener lors de cette aventure, Taram finira toujours par repartir pour aller vers autre chose : il veut se définir par lui-même et non pas à travers les autres. C’est la quête la plus noble. Étrangement, c’est ce que notre société moderne, en misant tout sur le paraître, oublie cruellement.

Lloyd Alexandre franchit un nouveau palier dans son récit : Taram est de moins en moins adolescent (on peut dire à ce point de sa vie qu’il ne l’est même plus du tout) et de plus en plus adulte. Il est arrivé au point où son destin va enfin pouvoir se forger. Ce n’est rien de dire qu’il est prêt pur la suite… et nous aussi par la même occasion !

Lloyd Alexander est un conteur merveilleux, subtil, jamais manichéen même si ses messages sont limpides, en un mot comme en cent : humain.

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